Neuf sièges de sénateurs alsaciens seront remis en jeu le 27 septembre dont cinq dans le Bas-Rhin. Les listes se sont bouclées ces dernières semaines et le paysage, à défaut d'être surprenant, s'annonce disputé sur au moins un point : le seul siège que la gauche et les écologistes détiennent actuellement dans le département.
Une droite qui se compte
Rien de très nouveau du côté de la majorité sortante, sinon qu'elle se présente comme d'habitude en ordre légèrement dispersé. La liste « L'Alsace au Sénat », conduite par la sénatrice sortante Elsa Schalck, réunit LR, UDI et indépendants : Marc Séné en second, Isabelle Dollinger à la place laissée vacante par Claude Kern (qui ne se représente pas, invoquant son âge), puis Laurent Furst et Virginie Muhr. En face, une liste concurrente porte le nom programmatique de « Nouvelle énergie pour l'Alsace au Sénat » : Laurence Muller-Bronn, qui a quitté le groupe sénatorial de Schalck, tente de conserver son siège avec à ses côtés Yves Sublon, vice-président de l'Eurométropole. Deux listes de droite, donc, pour un même réservoir électoral. Sur cinq sièges à pourvoir à la proportionnelle, ça doit pouvoir se répartir sans trop de casse. En clair : l'élection ne changera pas fondamentalement le rapport de force sur le territoire.
Richardot ratisse large, très large
C'est la liste d'Anne-Pernelle Richardot qui mérite qu'on s'y attarde. Officiellement « socialiste et centriste », elle a placé en deuxième position Olivier Sohler, maire sans étiquette mais de droite de Scherwiller, ancien candidat investi par l'UDI aux législatives de 2022. Un choix qu'Actustras avait déjà signalé en son temps comme une curiosité électorale : un centriste de droite en position quasi-éligible sur une liste conduite par une élue PS. La suite de la liste (Laurence Jost Liendhard, Rémi Barillon, Marie-Madeleine Lantzen) confirme la méthode : élargir au maximum, quitte à brouiller les lignes, pour maximiser le nombre de grands électeurs susceptibles de s'y retrouver.
Sur le papier, la stratégie a du sens : dans un scrutin proportionnel à un tour à la plus forte moyenne, chaque voix supplémentaire compte davantage qu'un report de second tour qui n'existe pas aux sénatoriales dans le Bas-Rhin. Sohler devrait, si tout se passe comme prévu, permettre à la liste d'aller chercher des grands électeurs que la seule étiquette PS n'aurait pas mobilisés.
Ratisser n'est pas consolider
Sauf qu'à ratisser à droite, on ne consolide pas à gauche. Et c'est là que ça devient intéressant. Jacques Fernique, sénateur écologiste sortant, a maintenu sa candidature avec sa propre liste, sans se rallier à Richardot. Ce qui n'est pas un scoop quand on connait les relations entre le PS du Bas-Rhin et EELV. Emmanuel Fernandes, député strasbourgeois, aligne de son côté une liste France insoumise qui ne cache pas son aversion pour le PS. Résultat possible fin septembre 2026 : les voix des grands électeurs de gauche et écologistes se répartissent entre trois listes distinctes au lieu de converger vers une seule.
Dans une élection à la proportionnelle à un tour, l'addition pourrait être salée. Fragmenter, c'est risquer qu'aucune des trois listes n'atteigne le seuil nécessaire, et que le siège revienne, par le jeu de la plus forte moyenne, à l'une des deux listes de droite. Autrement dit, il pourrait manquer à Richardot ce qu'elle n'a pas récupéré avec sa stratégie du râteau : les voix de Fernique.
Et il y a là une forme de justice poétique dont on ne se lassera pas. Les écologistes strasbourgeois ont perdu la mairie en mars dernier au profit de Catherine Trautmann, qui a précisément privé Fernique d'une grosse partie du vivier de grands électeurs qui l'avait porté en 2020. Et voilà que ce même Fernique, en maintenant sa candidature aux sénatoriales, pourrait à son tour priver le camp qui a pris la mairie du seul siège de gauche que compte le Bas-Rhin au Palais du Luxembourg. Perdre la mairie et faire perdre le Sénat à ceux qui vous l'ont prise : Strasbourg n'aurait décidément pas fini de nous offrir ses réjouissantes ironies électorales.
Tout cela, bien sûr, reste au conditionnel. Les grands électeurs voteront le 27 septembre et la mécanique des plus fortes moyennes réserve toujours sa part de surprises.