Un édito sert d'ordinaire à dire plutôt du mal des autres. Pour une fois, on va commencer par dire du bien de nous-mêmes. On va le faire rapidement, c'est promis, car l'autosatisfaction est un exercice qu'on laisse volontiers aux élus majoritaires strasbourgeois dans leurs conférences de presse.
Les chiffres du dernier mois
Du 26 août au 25 septembre, Actustras a reçu 2 430 visiteurs uniques, soit une centaine par jour fin août, et, depuis, de manière régulière plus de 150 avec un pic proche des 240 cette semaine. Même si la courbe monte, elle n'a pas de quoi faire trembler les DNA, ni même un groupe Facebook un soir de fermeture de piscine à Strasbourg. Mais pour un site sans budget, sans publicité et sans rédacteur en chef, c'est un chiffre qui rend heureux.

Rapporté aux standards du coin, il prend néanmoins une certaine envergure et importance. Pierre Jakubowicz a obtenu 4 407 voix au premier tour des municipales, et avec ce total, il a emporté un poste d'adjoint à la culture et la présidence de la SERS. Actustras pèse donc déjà plus de la moitié de l'électorat centriste strasbourgeois. Nous attendons donc la proposition de fusion.
Ce qui fait venir les lecteurs
Ces chiffres disent surtout une chose : il existe à Strasbourg un public qui apprécie la contradiction dans le débat démocratique. Ce mois-ci, on a fait quelques rappels qui sont loin d'être très aimables pour la majorité en place mais vous êtes venus les lire. Or, le désaccord n'est pas un bruit parasite de la vie démocratique, il en est la matière première.
Pendant ce temps, au conseil municipal
C'est précisément cette vertu démocratique que la nouvelle majorité municipale s'apprête à rationner drastiquement au Conseil Municipal. Lundi 28 septembre, ledit conseil va devoir adopter son nouveau règlement intérieur, négocié jeudi dernier en réunion des présidents de groupe dans une ambiance que Rue89 Strasbourg qualifie de franchement tendue. Il faut souligner que plusieurs Droits accordés aux oppositions vont reculer, et certaines restrictions introduites vont rappeler le bon vieux temps de la Tsarine, début des années 90, au 20e siècle.
La plus notable est sûrement la disparition des résolutions municipales. Ces textes permettaient aux groupes minoritaires de soumettre au vote, après l'ordre du jour, des propositions concrètes relevant des compétences de la Ville. Adoptées, elles engageaient la collectivité à les mettre en œuvre. Jean-Philippe Vetter (LR) y voyait le seul outil d'une opposition constructive. Florian Kobryn (LFI) parle d'un grand pouvoir laissé aux minoritaires. Quand Les Républicains et La France insoumise tombent d'accord, c'est généralement que quelqu'un, en face, a réussi le tour de force à faire l'unanimité contre lui. Ou plutôt elle, dans le cas présent.
Il n'y aura pas de "fashion police"
La première version du texte comportait aussi un article sur la tenue vestimentaire des élus. Depuis, il a été retiré non par amour de la Liberté mais très certainement par le risque qu'il faisait courir de finir devant les tribunaux. Je ne pensais pas, un jour, me féliciter de la crainte incarnée par le tribunal administratif en soutien à la liberté de se vêtir comme on le souhaite dans ce pays. Mais c'est fait.
Faisons un vœu !
Catherine Trautmann a passé beaucoup d'années dans la vie publique pour savoir qu'une majorité devient inéluctablement, un jour, une opposition. Elle le sait si bien qu'elle souhaiterait porter dans le nouveau règlement le nombre minimum d'élus nécessaires pour constituer un groupe au conseil de 2, à l'heure actuelle à 4 dans le futur. Sa majorité actuelle ne serait-elle pas aussi solide qu'annoncée ? Pour tout dire, il en va ainsi de la vie démocratique, les électeurs vous confient un mandat pour un CDD qui ne sera jamais un CDi. La Maire sait aussi qu'un règlement intérieur est une sorte de bien républicain : on en hérite, on l'améliore et on le transmet à ses successeurs. Souhaitons-lui donc que, d'ici à lundi, elle retrouve un peu ses esprits.
La contradiction ne coûte rien, elle se partage librement. Nous, on en a 2 430 preuves.
Ivan Dresamer