Edito : Pierre Jakubowicz et l'idée de "Démocratie"

Il y a des chiffres qui parlent mieux qu'un long texte quand on souhaite évoquer une dérive politique. En voici un : plus de 250, et je suis sympa dans le décompte. Ce nombre, qu'on a eu un peu de mal à "recoller", c'est le nombre de questions d'actus, résolutions, motions et autres textes portés au conseil municipal de Strasbourg par Pierre Jakubowicz et sa collègue de groupe, Rebecca Breitman, entre 2020 et 2026. D'après notre décompte, les résolutions et motions seraient autour des 78 textes. Le reste est à mettre sur les textes additionnels qu'autorisait le règlement intérieur du conseil. Pour deux élus d'opposition, souvent suivi comme une seule femme par Catherine Trautmann et son groupe, cela fait beaucoup. Trop, diraient certains qui voient dans ce déluge de textes une campagne municipale de 2026 qui a commencé dès le début du mandat de Jeanne Barseghian en 2020.

Précisons d'emblée que dans ce décompte, que l'on pourrait qualifier de grotesque, nous n'avons pas réussi à y inclure le nombre de courriers envoyés à la Mairie de Strasbourg pendant 6 ans, avec copie systématique adressée aux Dernières Nouvelles d'Alsace. C'est impossible à faire, sauf à y passer 6 mois complets.

La guérilla en conseil municipal, théorisée en stratégie politique

Jakubowicz, pendant six longues années, à souvent définit son attitude en Conseil Municipal par la prestigieuse formule de "vigilance démocratique". En réalité, cela ressemblait surtout à une guérilla de procédure, non pas pour emporter des votes et décisions qui étaient perdus d'avance, mais pour occuper le terrain, fabriquer des séquences médiatiques et entretenir le narratif d'une maire sourde à son opposition.

Ce récit a d'ailleurs très bien fonctionné puisque pendant six ans, le petit refrain a tourné en boucle : Barseghian verrouille, Barseghian n'écoute pas, Barseghian méprise son opposition, Barseghian est sectaire ... . Avec plus de 250 textes déposés et débattus sous sa présidence de séance, le verrouillage avait tout de même une allure de porte ouverte et pas vraiment celle d'une serrure à trois points.

Depuis le 28 septembre, le verrouillage a maintenant une réalité

Et puis est arrivé mars 2026 où Catherine Trautmann a pu célébrer son : Strasbourg outragée, Strasbourg brisée, Strasbourg martyrisée mais Strasbourg libérée ! Dans la foulée, le 28 septembre, la majorité Trautmann a adopté son nouveau règlement intérieur, avant le départ groupé de l'opposition. Dans ce texte, l'outil qui avait tant servi à Jakubowicz a été supprimé, avec l'assentiment et le vote "pour" du désormais 3e adjoint à la Culture, Président de la SERS et adjoint de quartier de la Robertsau.

Si Pierre Jakubowicz avait été réellement la "vigie démocratique" qu'il se prévalait d'être pendant 6 années, on se serait attendu à ce qu'il défende le principe du dépôt de textes additionnels au conseil municipal. Mais il n'en a rien fait. Ô surprise !

Le plus gros dépositaire de textes de la mandature précédente a donc voté tranquillement la suppression d'un droit démocratique dont il avait usé ... et abusé pendant tout un mandat. Dans le palmarès des menteurs égocentriques en politique, on a rarement vu mieux à Strasbourg.

Les adversaires de la Démocratie

Depuis le 28 septembre, Trautmann, revenue dans le fauteuil de maire, a donc mis fin, avec le concours de celui qui en fut le premier utilisateur, d'un droit démocratique sur un principe disruptif pour les années 2020 : la parole de l'opposition est précieuse, à condition qu'elle se taise.

Pierre Jakubowicz avait raison : la démocratie locale était en danger entre 2020 et 2026. Mais le danger n'était pas là où on le désignait. Il était dans l'opposition, on en a aujourd'hui la preuve.