En 2026, l'humour beauf continue à bien se porter

Le débrief de la semaine des DNA, publié samedi 12 septembre, revient sur le dossier de la friche Heineken à Schiltigheim. Pour l'illustrer, la rédaction a choisi un montage inspiré du "distracted boyfriend", le mème de l'homme qui reluque une passante sous le regard atterré de sa compagne. Sur le sujet traité et son illustration, le "mème" point commun : personne, ni les collectivités, ni le quotidien régional, ne semble avoir vraiment bougé depuis 2017.

Onze mois de réunions pour zéro acheteur

Reprenons rapidement les faits qu'on a déjà abordé sur Actustras. Fin 2025, la brasserie de l'Espérance ferme ses portes et Heineken lance un appel à projets. Le Crédit Mutuel, via sa filiale d'aménagement foncier, se positionne pour un montant évalué autour de 7,5 millions d'euros. La mairie de Schiltigheim s'alarme, vote une motion transpartisane fin avril, réclame que l'Eurométropole use de son droit de préemption. L'Eurométropole, elle, temporise : la préemption n'est pas "une fin en soi", dit-on du côté de la politique foncière, il faut d'abord connaître le projet de l'acquéreur.

Depuis, rien de concret. En juillet puis en août, l'Eurométropole communique sur sa "pleine mobilisation", évoque des réunions de travail avec Heineken et les collectivités concernées, promet d'étudier les "potentialités du site". La CEA verrait bien un collège. Le tracé du Tram Nord traverserait peut être la parcelle. Tout le monde a un avis, une ambition, un projet à poser sur ce terrain mais personne n'a sorti le chéquier. Onze mois après la fermeture de l'usine, le dossier se résume à un empilement de communiqués et à un site toujours à l'arrêt.

Un mème de 2015, condamné en 2018, recyclé en 2026

Passons maintenant à l'illustration du debrief. Le "distracted boyfriend" n'est pas un inconnu. La photo, prise en 2015 à Gérone par Antonio Guillem, devient virale en août 2017 et se voit couronnée mème de l'année. Un an plus tard, en septembre 2018, l'organisme suédois de régulation publicitaire la juge sexiste, après qu'une société de recrutement l'a utilisée pour une offre d'emploi : l'image, selon le régulateur, objectifie les femmes et reconduit un stéréotype de genre. Cela fait donc huit ans qu'un régulateur officiel a posé un diagnostic sexiste sur ce "mème".

Les DNA, journal fondé en 1877, ont donc choisi, pour parler d'un dossier porté publiquement par une maire, Nathalie Jampoc-Bertrand, de recycler un gimmick condamné pour sexisme, sous couvert, certainement, de recherche de "modernité". Cerise sur le gâteau : ce quotidien appartient au groupe EBRA, propriété du Crédit Mutuel Alliance Fédérale, soit la maison mère de l'acquéreur pressenti de la friche.

En 2026, la friche attend son acquéreur depuis onze mois. L'humour beauf, lui, n'a jamais attendu personne.