Le 27 septembre 2026, les grands électeurs du Bas-Rhin renouvelleront les cinq sièges de sénateur du département. Rien n'est joué, et c'est bien le problème : Anne-Pernelle Richardot, adjointe de Catherine Trautmann désignée tête de liste par les militants socialistes le 28 mai, n'a pas les voix nécessaires pour être élue. Alors elle va les chercher là où un socialiste n'est censé aller qu'en cas de "front républicain" : à droite.
Le score du 28 mai au PS Bas-Rhin disait déjà tout. 71 voix, 64,55 %, sur 111 votants pour 273 inscrits : Richardot l'a emporté large chez les militants, mais dans une fédération qui ne s'est même pas déplacée aux deux tiers. Sa lettre de candidature, elle, ne contenait pas une seule fois le mot « gauche ». Elle y vantait sa « capacité à rassembler bien au-delà de notre seule famille politique » et disait son estime pour « ceux qui ne partagent pas notre étiquette ». Ses deux concurrents, eux, promettaient d'unir la gauche hors LFI mais c'est Richardot qui a gagné.
Aux sénatoriales, le calcul est simple et cruel : à la proportionnelle, sans panachage, une liste décroche un élu autour d'un sixième des voix. Encore faut-il les avoir. Et à gauche, dans le Bas-Rhin, Richardot ne les a pas. D'où la liste dévoilée fin juin, qui associe le PS à un élu de la majorité régionale de droite, Olivier Sohler, maire de Scherwiller, conseiller régional élu chez Jean Rottner puis investi par l'UDI aux législatives. Chez les centristes strasbourgeois, on confirme la logique : partir seuls contre une droite LR bien implantée serait « plus qu'incertain ». Richardot sert donc de béquille à ce qu'il reste de macronistes qui ne veulent pas de LR.
À la fédération du PS du Bas-Rhin, le vote interne n'est pas passé comme une lettre à la poste. Bénédicte Vogel, arrivée deuxième au vote de mai, a dénoncé publiquement un « dépassement purement électoraliste » qui « trahirait nos valeurs, nos engagements ». Deux jours plus tard, sommée par ses propres camarades : Mathieu Cahn l'invitant à « se remettre en question », Arieh Adida lui reprochant son manque d'engagement, elle a dû clarifier ses positions : elle ne fera pas dissidence, elle réclame juste un rassemblement « sans compromission ». Ambiance, ambiance.
Cette séquence raconte donc que l'élection sénatoriale de septembre 2026 n'est pas un couronnement organisé d'avance, mais elle montre une candidate obligée de sortir de son camp pour additionner les voix qui lui manquent, et un parti sommé de choisir entre la cohérence de ses principes et un siège au Sénat. La fédération via son patron, Thierry Sother, a choisi : elle laisse filer, elle couvre Richardot et aucune liste concurrente ne se montera. Quant aux états d'âme de Vogel, ils restent une affaire de communiqués Facebook.
Reste la question que personne, dans la presse et le milieu politique local, ne pose : pourquoi le PS 67 est-il prêt à avaler une alliance à droite, lui d'ordinaire si prompt à débattre de la moindre nuance stratégique, pour installer une seule personne au Luxembourg ? La réponse la plus simple est aussi la moins glorieuse : un mandat de sénateur, même obtenu en reniant la ligne du parti, reste un sénateur de plus. Et le Palais du Luxembourg, siège du Sénat, est loin de Strasbourg. Ceci explique peut-être cela.