Le 3 août, sur ses réseaux sociaux, Paul Meyer a enfilé son costume de guide du patrimoine. Place de la Porte-Blanche, place de la Gare, Koenigshoffen : l'adjoint à l'urbanisme durable égrène « ce que j'ai fait », « ce que je vais faire », « ce qui était prévu jusqu'alors ». À l'entendre, on jurerait qu'il y a eu, entre mars 2026 et aujourd'hui, un changement de maire à Strasbourg, et que c'est lui dorénavant qui porte et annonce sa vision de la ville et son bilan passé. Personne n'a donc jugé utile de prévenir l'adjoint que c'est toujours Catherine Trautmann qui décide, et que lui-même a passé six ans hors du conseil municipal entre 2020 et 2026 ? Quand on voit un tel niveau d'aisance rétrospective et prospective, on est en droit de se demander si l'élu n'a pas, un peu, perdu la tête en raison des canicules à répétition.
La rue du Jeu-des-Enfants, ou l'art de vendre deux fois le même projet
Mais entrons dans le concret : Paul Meyer aime citer la piétonnisation de la rue du Jeu-des-Enfants (2017) comme la preuve qu'on peut transformer une rue sans argent public. Sauf qu'il faut aussi lire la suite de l'histoire. L'aménagement de 2017 (platelages en bois pour terrasses montés par une association, sol repeint à la gouache, mobilier temporaire) n'a jamais été conçu pour durer. Et huit ans plus tard, la Ville et l'Eurométropole ont dû sortir 1,28 million d'euros pour refaire entièrement la rue : nouveau revêtement en pierre naturelle, trottoirs remis à niveau, éclairage modernisé. Autrement dit, ce qui est présenté comme une « réussite » a surtout généré, une décennie après, une facture salée pour la pérenniser, payée cette fois par la collectivité, sous le mandat Barseghian.
Même logique avec le fameux « ciel de rue » dont Paul Meyer se targue d'avoir posé la « première » version française, il y a « presque dix ans », dans cette même rue. Sauf que l'installation de 2017 n'a jamais été pensée comme un dispositif d'ombrage : c'était une "œuvre d'art" suspendue sur filins, cofinancée par la Ville et l'association des commerçants, retirée depuis. La présenter aujourd'hui comme l'ancêtre des toiles climatiques actuelles relève moins de l'archéologie urbaine que du recyclage habile d'un gadget.
Des idées, oui, mais quel bilan ?
À sa décharge, notre Inspecteur Gadget ne manque pas d'idées. C'est lui qui, adjoint au tourisme et au commerce sous Roland Ries, a porté l'exportation du marché de Noël de Strasbourg à New York à partir de 2019. L'idée avait de l'allure : projeter le savoir-faire alsacien outre-Atlantique. Dans les faits, la chambre régionale des comptes, en auditant l'office de tourisme, a pointé un dérapage budgétaire de plus de 500 000 euros et conclu que l'objectif d'une opération commerciale équilibrée n'avait, sur la période contrôlée, jamais été atteint. L'ambition n'a -juste- pas suffi à faire un bilan. Dommage.
Même appétence pour l'eau, heureusement pour tout le monde, réservée cette fois à l'échelle locale. Toujours dans son costume d'adjoint au tourisme, Paul Meyer a porté l'ouverture des cours d'eau strasbourgeois à de nouveaux usages, présentée comme le moyen de sortir Batorama de son monopole sur l'Ill. Sur le papier, l'idée avait du panache. Dans les faits, le bilan est plutôt très très modeste. Le marché flottant, sa vitrine la plus médiatisée (livraison de fruits et légumes bio en barque à fond plat, propulsée par... un moteur thermique, malgré l'habillage écologique), s'est éteint sans tambour ni trompette. Quant aux loueurs de petits bateaux électriques qui se sont installés dans la foulée, Strasbourg n'en est plus le port d'attache mais une simple escale : l'un des opérateurs a été récupéré par une franchise nationale, présente aussi à Paris, Lille, Meaux ou Fontainebleau, et le siège de sa filiale Est vient tout juste d'être transféré en Île-de-France. Pour l'autre opérateur majeur, les informations financières ne sont pas disponibles, on restera donc optimiste sur la rentabilité de l'entreprise. Sur ces dossiers, Paul Meyer oublie généralement de communiquer sur ses résultats. Parce que donner un fleuron de la ville (ses cours d'eau) au privé, pour un socialiste (à l'époque), c'est étonnant et cela mériterait certainement quelques explications. Mais on n'en aura pas. Encore dommage, mais pas très étonnant.
Des mandats à l'image du parcours politique
Au fond, la méthode Meyer tient en une phrase : vendre l'esquisse comme si c'était l'œuvre finie, et laisser à d'autres, souvent la collectivité, et tout aussi souvent ses propres successeurs, le soin de corriger, financer ou simplement terminer. Erratique dans ses alliances (LREM puis LR en 2020, six ans de traversée du désert, ralliement PS en 2026), fluctuant dans ses convictions affichées, opportuniste dans son retour aux affaires : le style politique de Paul Meyer se retrouve, presque à l'identique, dans sa manière de conduire ses dossiers. Et sur la durée, l'addition penche plus du côté des critiques que des compliments.