Sénatoriales dans le 67 : il n'y a plus d'élu de gauche

Dimanche 27 septembre 2026, le Bas-Rhin a élu ses cinq sénateurs. Sur le site du Ministère, le résultat donne quatre divers droite et une divers. Jusque-là, un seul élu du département portait une nuance de gauche : l'écologiste Jacques Fernique. Ce matin, il n'est plus sénateur mais son siège n'a pas disparu pour autant, il a changé d'occupant et changé de case dans les tableaux du ministère de l'Intérieur, et tout cela s'est joué à vingt-trois voix.

La calculette du Luxembourg

Explication du résultat, un peu plus compliqué que des commentaires Facebook vus depuis hier soir, à l'annonce des résultats. Dans les départements qui élisent au moins trois sénateurs, le scrutin est proportionnel, à la plus forte moyenne. Traduction pour les profanes (et donc, les internautes sur Facebook) : on divise, on compare, on attribue. Avec 2 760 suffrages exprimés et cinq sièges, la liste de droite « L'Alsace au Sénat » d'Elsa Schalck empoche d'abord deux sièges, puis un troisième. Laurence Muller-Bronn, partie seule, sauve le sien avec 390 voix. Reste une place à prendre, et trois prétendants pour ce siège de sénateur.

Anne-Pernelle Richardot et sa liste « L'union des forces » ont obtenu 336 voix. Laurent Furst, quatrième de la liste Schalck obtient une moyenne de 317,75 et il aurait pu être le 4e sénateur de la liste à être élu. Jacques Fernique a obtenu 313 voix.

Dans les faits, et à l'aide d'une calculette : Anne-Pernelle Richardot passe et devient sénatrice, Laurent Furst et sa cravate magique rentrent à Molsheim, quant à Jacques Fernique, il est en vacances.

Vingt-trois voix

On notera, dans un premier temps, que si la liste d'Elsa Schalck avait eu 73 voix de plus, c'eût été un grand chelem pour la droite bas-rhinoise. Cette droite bas-rhinoise, qui connaît elle aussi les joies de la division, a préféré se partager en deux listes plutôt que de tenter d'envoyer 5 sénateurs de la même liste au Palais du Luxembourg.

Pour le siège de Jacques Fernique, tout s'est joué à 23 voix près. 23 grands électeurs sur un total de 2 843, ce qui fait moins d'un pour cent du collège électoral. L'écart qui sépare le sénateur sortant de celle qui le remplace est donc "tout petit".

L'analyse des collèges pour les différentes listes montre aussi que l'ancien siège de Fernique qui est dorénavant celui de Richardot ne s'est pas joué dans les campagnes bas-rhinoises. En réalité, il s'est joué le 5 juin, dans la salle du conseil municipal de Strasbourg où, ce jour-là, la ville a désigné ses délégués supplémentaires : avec ses conseillers, Strasbourg pèse près de 400 grands électeurs, et autour de 270 pour la seule majorité Trautmann. Les écologistes, quant à eux, ne comptaient plus qu'une trentaine de grands électeurs après la perte de la mairie en mars 2026.

Tout cela pour dire qu'en dehors de Strasbourg, Jacques Fernique a largement devancé Anne-Pernelle Richardot. Les maires ruraux de « L'union des forces » , dont le préfet s'est refusé à dire lesquelles de forces en les classant "divers", ont apporté une poignée de voix à Anne-Pernelle Richardot. L'essentiel des votes de cette union des forces est venu d'un seul point central : Strasbourg.

L'union qui n'aurait rien changé

On a beaucoup parlé, avant le scrutin, de la gauche divisée avec deux listes rivales, un socialiste chez Fernique, des socialistes un peu partout, le PS contre le PS pour un seul fauteuil... Mais si la division était réelle, le bénéfice cumulé, lui, aurait été nul.

Faisons de la science-fiction politique et additionnons les scores des deux listes Richardot et Fernique : on obtient 649 voix. Une liste d'union PS/EELV aurait, en fait, obtenu exactement le même résultat, à savoir un siège. La droite en aurait gardé quatre, comme hier soir. La bataille de la gauche bas-rhinoise n'a donc jamais opposé un camp contre un autre. Elle n'a servi qu'à régler des comptes locaux entre socialistes et écologistes. Point barre.

Toujours dans la science-fiction politique, sur l'autre versant de la gauche : oui, si La France insoumise n'avait pas présenté sa propre liste, ses 68 voix obtenues, ajoutées à celles de Jacques Fernique renvoyaient mathématiquement le sénateur sortant au Luxembourg. En réalité, 24 voix lui auraient été nécessaires (à égalité, si ma calcultette ne me trompe pas, c'était Anne-Pernelle qui passait) et il est cruel, aujourd'hui, de constater que les Insoumis, qui dénonçaient la trahison d'une socialiste alliée à la droite, ont finalement contribué à la faire élire.

Six mois après avoir fait liste commune avec les écologistes au second tour des élections municipales à Strasbourg, les Insoumis ont donc fait perdre le siège du seul sénateur écologiste du département. Tout ceci est d'une cruauté que seule la politique réserve, même si la présence d'un Insoumis sur la liste Fernique aurait certainement contribué à faire perdre des voix de grands électeurs à Jacques Fernique, en dehors de Strasbourg.

Le préfet reste sur sa ligne de tableur

Reste l'étiquette, et il tient dans la colonne d'un tableau, avec la liste d'Anne-Pernelle Richardot qui a été nuancée « Liste Divers » par la préfecture. Sans changement dans la nuit de dimanche à lundi.

Résultat des courses : dans la grille officielle, le Bas-Rhin compte désormais quatre sénateurs divers droite, un sénateur divers, et dorénavant 0 (zéro) sénateur de gauche. Gageons qu'au Palais du Luxembourg, la nouvelle élue choisira le "Groupe Socialiste, Écologiste et Républicain", ce qui sera très amusant quand on connaît l'histoire et le bazar de cette élection. Mais dans les statistiques de l'Intérieur, elle restera ce que le préfet a décidé qu'elle était : "divers".

Un fauteuil à pourvoir au conseil municipal

Il y a enfin l'effet domino puisque la loi sur le non-cumul interdit à un parlementaire d'exercer une fonction exécutive locale, Anne-Pernelle Richardot va donc devoir quitter son poste d'adjointe au commerce et sa vice-présidence de l'Eurométropole. Catherine Trautmann, dont on connaît maintenant l'aisance à pourvoir les postes clés, a désormais une délégation de plus à redistribuer. Conséquence pratique : le commerce du centre-ville, dont l'adjointe décrivait récemment le marasme et sa volonté (forte) d'améliorer les choses, va changer de pilote en cours de route. Les commerçants apprécieront la volonté.