Montagne-Verte : Paul Meyer, adjoint sans domicile politique fixe

Jeudi 9 juillet, 18h, premier étage de la mosquée Salam. Cent vingt riverains de la Montagne-Verte sont venus discuter des derniers ajustements du projet de réaménagement de la place d'Ostwald, fruit de trois ans de concertation. Ils repartent avec une remise en cause du chantier, pas avec un calendrier. Face à eux, l'adjoint à l'urbanisme Paul Meyer explique qu'on ne peut pas « appliquer tout ce qui a été promis sous l'ancien mandat ». Dans sa bouche, la phrase sonne presque comme un aveu.

En 2020, Paul Meyer est adjoint au numérique de Roland Ries et figure sur la liste LREM d'Alain Fontanel. Pour le second tour, faute de mieux, la liste s'allie in extremis avec celle du LR Jean-Philippe Vetter sous la bannière « Unis pour Strasbourg ». Résultat : une défaite à trois voix contre Jeanne Barseghian, victorieuse, et Catherine Trautmann, dont la liste PS ferme la marche. Autrement dit, Paul Meyer a fait campagne contre celle qu'il sert aujourd'hui.

Six ans plus tard, sans étiquette ni mandat, il refait surface en janvier 2026 à la tête du mouvement « Réconcilier Strasbourg », cofondé avec Nawel Rafik-Elmrini, autre ancienne adjointe de Roland Ries. Le duo annonce son ralliement à Catherine Trautmann, justifié par la nécessité de « battre l'alliance Verts-LFI qui se dessine au second tour ». Exit l'ancrage macroniste puis LR de 2020, place à un supposé « projet de gauche et de centre-gauche ».

Le pari paie. En mars, Paul Meyer devient le 7ᵉ adjoint de Catherine Trautmann, chargé de l'urbanisme durable, de la ville résiliente et de l'habitat, sur les quartiers de Koenigshoffen, de la Gare-Laiterie et des Halles. Il n'est ni le seul revenant de l'ère Ries à intégrer l'exécutif de la maire PS, ni le seul rescapé du macronisme local : Pierre Jakubowicz (Horizons), qui n'avait recueilli que 5,1 % au premier tour, hérite lui du 3ᵉ rang, à la culture.

Reste que la Montagne-Verte, elle, n'est pas dans son escarcelle : c'est Mourad Oualit qui en a la charge. Paul Meyer y intervient donc en invité, sur un dossier qu'il n'a pas piloté et qu'il ne maîtrise visiblement pas davantage que sa propre trajectoire. Les riverains du collectif TPO, engagés depuis 2022 sur le projet de la place d'Ostwald, en sortent groggys : « On est d'accord pour améliorer le projet avec la nouvelle mandature, mais on ne connaît ni la méthode ni le calendrier. On n'a obtenu aucune réponse aujourd'hui. C'est assez dur de positiver. »

En six ans, Paul Meyer est passé de LREM à LR par alliance, puis six ans dans le désert, puis au PS par nécessité électorale. Ce jeudi soir, à la Montagne-Verte, une chose au moins était limpide : ni les habitants ni l'adjoint à l'urbanisme ne savaient où ils en étaient. Question d'adresse, politique ou géographique.