Catherine Trautmann répète, depuis le 18 septembre, que la Ville et l'Eurométrople se sont lourdement endettées en 6 ans et que la situation est grave. Pour l'endettement des deux collectivités (ville et EPCI), au sens comptable, c'est vrai, sauf qu'un chiffre ne dit jamais qui a décidé de dépenser, seulement qui a payé. Et sur au moins deux dossiers, la personne qui a décidé et la personne qui a payé ne sont pas les mêmes.
Jeanne Barseghian a été maire de la ville-centre de 2020 à 2026, et présidente déléguée de Pia Imbs à l'Eurométropole sur la même période. Une double casquette qui, sur le papier, aurait dû lui permettre de crier haut et fort pendant 6 ans qu'elle exécutait des choix qui n'étaient pas les siens mais elle ne l'a jamais vraiment fait. Ici, on va quand même un peu le faire.
Le stade de la Meinau et sa gabegie financière
Le principe de la rénovation du stade de la Meinau est acté en mars 2018, sous le règne des deux pépés flingueurs Roland Ries et Robert Herrmann, pour un chiffrage initial de 100 millions d'euros. Mais les travaux ne démarrent finalement qu'en juin 2023, pour se terminer mi-2026, entièrement sous les mandats Barseghian et Imbs. Entre-temps, l'inflation des coûts de construction a fait grimper la note à 160 millions d'euros, soit 60% de plus que prévu.
Sur cette somme, l'Eurométropole seule a engagé 75,8 millions d'euros et la Ville de Strasbourg, 18,8 millions. Le tout emprunté, remboursé, et donc inscrit au bilan sur des exercices qui ne sont pas ceux où la décision a été prise.
Le Parc des Expositions : même histoire
Le scénario se répète à l'identique, à quelques kilomètres de là. Le principe d'un nouveau Parc des expositions est approuvé par le conseil de l'Eurométropole le 22 décembre 2017, sous les mandats du Père Castor du lieu commun, Roland Ries, et de son meilleur ennemi, le Président Herrmann. L'architecte japonais, Kengo Kuma, adepte de l'épure et des poteaux en bois, est choisi en 2018, avec la bienveillante bénédiction de la Vice Président de l'Eurométropole, Catherine Trautmann. Les travaux vont s'étaler de 2019-2020 à 2022, sous Barseghian et Imbs, pour un coût final de 120 millions d'euros, dont 90 millions à la charge de la seule Eurométropole.
Le compte ?
On a donc là deux dossiers, décidés avant 2020, financés très majoritairement après. Rien que sur ces deux-là, l'Eurométropole a engagé 165,8 millions d'euros pour des choix qui n'étaient pas ceux de la majorité 2020-2026. À l'échelle de la dette totale de l'Eurométropole (de 579 à 911 millions d'euros entre 2020 et 2026, selon les chiffres cités par Deloitte), ces deux "héritages" représentent à eux seuls près de la moitié de l'augmentation.
Une question de continuité républicaine
Il y a un mot précis qui qualifie ce que Jeanne Barseghian a fait, et il n'est pas à la mode ces temps-ci à l'Hôtel de Ville : la continuité républicaine. Une délibération votée par un conseil légitimement élu, fût-il d'une autre couleur politique que la sienne, reste une décision de la collectivité, pas du seul élu qui l'a portée. L'exécuter, même quand on n'en est pas l'auteur, même quand la facture s'alourdit entre-temps, c'est reconnaître que l'action publique ne repart pas de zéro à chaque alternance.
Rien n'obligeait Jeanne Barseghian à aller au bout de ces deux chantiers cités en exemple. Elle aurait pu les geler, les redimensionner, les renégocier, comme le permet toute nouvelle majorité qui découvre l'ampleur d'un engagement pris par d'autres. C'est ce que, d'ailleurs, s'apprête à faire sans vergogne Catherine Trautmann. Barseghian aurait surtout pu, à chaque étape, rappeler publiquement avec des vidéos "face caméra", la mine grave, assise à son bureau, devant les drapeaux français et européens, que ces millions engagés n'étaient pas de son fait ... mais elle a préféré construire.
Six ans plus tard, c'est ce silence-là qui lui vaut, dans toute la presse locale et nationale, d'être présentée comme celle qui a fait doubler la dette. Un comble, pour une élue qui n'a fait que tenir les comptes de chantiers que d'autres avaient signés avant elle.