Strasbourg, capitale du cône orange de chantier

Strasbourg aime à se présenter comme capitale européenne, même avec les limites de l'exercice, c'est indéniablement vrai. Cependant, elle pourrait tout aussi bien revendiquer un titre moins glorieux, mais tout aussi mérité : capitale du cône orange, de la palissade et de la rubalise blanche et rouge.

Les chiffres, sortis des services de l'Eurométropole, sont extravagants. Selon les données de programmation des travaux d'espace public de l'Eurométropole, presque 1000 chantiers ont été recensés sur le seul ban communal de Strasbourg depuis 2020, arrivée de Jeanne Barseghian à l'Hôtel de Ville. Catherine Trautmann, élue en mars dernier, en a hérité d'une bonne partie, sans d'ailleurs donner le moindre signal de pause depuis son installation. On peut facilement le constater en se promenant en ville, et en se posant la question de quelle rue est encore exempte de bitume refait.

Même la Grande-Île y passe

Dans la liasse des chantiers, on pourrait penser que le secteur classé au patrimoine mondial de l'UNESCO échappe à la folie des pelleteuses. Et bien, non. Un peu plus de 80 chantiers y ont été comptabilisés sur la période, davantage qu'à Koenigshoffen. Qu'on se le dise : de la cathédrale au Rhin, personne n'échappe à la barrière de chantier.

Et ce n'est pas fini

Afin de ne pas perdre le contact avec sa boîte de tranquillisants, on peut aussi lire dans le document qu'un peu plus de 20 chantiers strasbourgeois dépassent encore l'horizon 2026. Et 23 autres, pour être précis, n'ont même pas posé leur première palissade, programmés pour 2027 et au-delà. Dans les cartons de la Ville, il reste donc un bon paquet de cônes à poser, de trottoirs et de rues à ouvrir. Et tout cela, c'est sans compter sur les projets de la Maire, fraîchement élue, qui a annoncé une nouvelle ligne de tramway et une nouvelle gare pendant la campagne des municipales. C'est là tout le problème des Maires dits "bâtisseurs" : ils évaluent la réussite de leurs mandats aux mètres cubes de bitume ou béton consommés.

Strasbourg, c'est donc le Parlement européen une semaine par mois, et le demi-tour obligatoire à vélo le reste du temps. Et on notera, au passage, que le cône orange n'a finalement pas d'étiquette partisane. Il a vécu l'ère Barseghian. Il survivra sans aucun doute à l'ère Trautmann.