Subventions Steiner-Waldorf : la Reine Catherine trébuche

Ce mardi 28 juillet 2026, le tribunal administratif de Strasbourg a suspendu, en référé, la décision de Catherine Trautmann de mettre fin aux subventions municipales versées à l'école Michaël et à son jardin d'enfants Les Bons Amis. L'avocat de l'établissement parle de « belle victoire » et de désaveu du « pouvoir arbitraire de la mairie ». Il y a effectivement un désaveu, mais il porte sur une maladresse de procédure aussi ancienne que le droit des collectivités locales, pas sur le dossier pédagogique qui l'a motivé. Reprenons le fil, avec les dates.

Deux ans d'alertes documentées

Tout commence bien avant l'arrivée de Catherine Trautmann à la mairie. En mai puis en octobre 2023, le conseil municipal débat déjà du subventionnement de l'école Michaël, l'opposition s'appuyant sur un rapport de la Miviludes datant de 2021 et appelle, à juste titre, à la vigilance sur l'anthroposophie. Le 23 octobre 2023, le rectorat procède à une première inspection. Elle donne lieu, un an plus tard, à un courrier signé du recteur Olivier Klein, daté d'octobre 2024, qui met l'établissement en demeure de se corriger sous un mois. Le constat est sévère : temps insuffisant consacré aux mathématiques, aucun enseignement identifiable en sciences, en histoire-géographie ou en éducation morale et civique, confusion entretenue entre récit et histoire.

L'école répond par écrit le 12 décembre 2024, en produisant de nouveaux emplois du temps et des documents de suivi. Une seconde inspection intervient le même mois. Le rectorat rend son rapport final en janvier 2025, confirmant les manquements graves déjà identifiés. En parallèle, une plainte pour viol présumé visant une ancienne employée de l'établissement, portant sur des faits remontant à 2010, est révélée en mai 2025. Le dossier, à ce stade, est épais, documenté, instruit sur deux ans par les services de l'État. Rien, dans tout cela, n'est contesté par le jugement rendu aujourd'hui.

Ce que Barseghian avait su éviter

C'est là que l'ironie habituelle dans l'actuelle politique strasbourgeoise s'installe. Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg jusqu'en mars 2026, a géré ce dossier explosif pendant plus de deux ans sans jamais se faire retoquer par un tribunal. Face au rapport du rectorat, elle a retiré la subvention pour la toiture du jardin d'enfants de l'ordre du jour du conseil municipal de décembre 2024, plutôt que de trancher seule, et conditionné la subvention de fonctionnement 2025 à la décision de l'État. Prudente, lente peut-être, mais juridiquement imparable.

Catherine Trautmann arrive à la mairie en mars 2026 et règle l'affaire en un arrêté, le 5 juin, sans consultation ni vote du conseil municipal. Les DNA l'avaient surnommée, pendant la campagne des municipales, la Reine Catherine. Le mot était pensé comme un hommage à sa stature. Il prend, avec cet arrêté pris depuis son seul bureau, une couleur légèrement différente. Voilà une élue trois fois maire, ancienne ministre, ancienne eurodéputée, qui connaît le fonctionnement des collectivités locales depuis 1989, et qui se fait épingler pour une erreur habituelle de débutant que sa prédécesseure, sur le même dossier, avait pourtant soigneusement contournée. L'expérience, apparemment, ne suffit pas toujours à se souvenir qu'un maire n'est pas un monarque.

Une victoire de forme, pas sur le fond

Il faut le redire, parce que la communication de Me Brengarth, l'avocat de l'établissement, entretient la confusion : un référé-suspension ne juge pas une affaire, il vérifie seulement s'il y a urgence et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée. Le tribunal n'a rien dit sur le rapport du rectorat, sur les manquements pédagogiques, sur l'affaire de viol présumé. Il a constaté que la maire ne pouvait pas, seule, mettre fin à une subvention sans faire voter le conseil municipal. C'est un vice de compétence, pas un jugement sur l'arbitraire de la mesure elle-même.

La décision est provisoire, elle vaut jusqu'à ce que la mairie corrige le vice ou jusqu'à un jugement au fond. Rien n'empêche donc le conseil municipal de revoter, dans les prochaines semaines, exactement la même suppression, cette fois dans les formes. Présenter cela comme une victoire relève donc d'un certain art de la formule.

L'école Michaël et son jardin d'enfants ont gagné du temps. La mairie, certainement un peu d'humilité sur ses procédures internes. Le rapport du rectorat n'a pas bougé d'un mot et il est toujours là.