L‘été à Strasbourg ? Vive la friche industrielle !

À Paris, on a les berges de la Seine. À Bordeaux, les quais. À Marseille, les calanques. À Strasbourg, on a la friche Heppner. Et vous savez quoi ? Vous allez adorer ça.

Pendant que Nice déroule ses parasols sur la Promenade des Anglais, pendant que Toulouse organise des concerts en plein air dans des jardins XVIIe siècle et que Lyon joue la carte des bords de Saône illuminés, Strasbourg, elle, fait le choix audacieux de l'authentique. Du brut. De l'industriel.

Ce jeudi 11 juin ouvre la Manufakture Krimmeri, le grand projet estival de Franck Meunier, le restaurateur qui avait déjà, il y a huit ans, transformé l'ancienne Manufacture de tabacs en bar temporaire "cuculte". Cette fois, le terrain de jeu est encore plus grand et encore plus... dépouillé. Cinq hectares de friche laissés vacants par le transporteur Heppner, parti s'installer à Hoerdt en novembre dernier. Entre les entrepôts logistiques et les voies ferrées du quartier de Neudorf, voilà votre nouveau spot estival.

200 tonnes de sable pour oublier où on est

Pour compenser l'absence de littoral, détail géographique regrettable, il est vrai, l'équipe a prévu 200 tonnes de sable. Oui, deux cents tonnes. Des palettes au sol, une centaine de transats dont certains en configuration double ou triple pour les couples et les familles, des parasols, et deux conteneurs maritimes repeints en bleu azur et jaune soleil. Fermez les yeux. Inspirez. Vous n'êtes pas à Deauville ... mais presque.

Face à cette plage de béton ensablée, deux écrans géants seront accrochés aux murs du bâtiment principal pour retransmettre la Coupe du monde de football. Parce que l'été 2026, c'est aussi ça.

Le food-truck comme art de vivre

À l'entrée, un village de dix food-trucks vous accueillera chaque soir, pas toujours les mêmes, pour que tout le monde ait sa chance, précise le maître des lieux avec une équité de principe qu'on appréciera. Un bar logé dans un conteneur, des tables de brasserie, et si la commission de sécurité donne son feu vert début juillet, un food-court en intérieur dans l'un des hangars, capable d'accueillir jusqu'à 1 700 personnes. On pourra y manger une tarte flambée cuite sur place, jouer au flipper ou au baby-foot, grimper sur l'ancien quai de déchargement reconverti en salle de vie. Le rêve, on vous dit !

Culture, quand même

Il ne faudrait pas croire que Strasbourg a totalement renoncé à ses ambitions culturelles. Une petite scène recevra de la programmation musicale, à bonne distance des riverains, une étude acoustique ayant été commandée, ce qui est la marque d'une organisation sérieuse et respectueuse. Une zone d'exposition artistique est prévue à l'entrée. Des ateliers de recyclage et de réparation de vélo et d'électroménager seront organisés. Les enfants auront leur tapis de jeux de kermesse. L'ambiance générale, entre conteneurs maritimes, bobines de chantier et graffs, se veut résolument "indus'", la déco entièrement en "récup'".

Ce n'est pas vraiment le Festival d'Avignon ou les Rencontres d'Arles mais faites un petit effort !

Urbanisme de transition, disent les élus

Les élus, eux, parlent d'"urbanisme de transition" et d'"occupation éphémère". La friche appartient désormais au Crédit Mutuel Aménagement foncier et à la Caisse des dépôts et consignations Habitat, qui ont de grands projets de logements pour le site — dans deux ans au plus tôt. En attendant, autant que quelqu'un fasse quelque chose de ces 16 000 m² à l'abandon et pas très glamour.

C'est donc ouvert du jeudi au dimanche, de 17h à 1h en semaine et de 11h à 1h le week-end, avec des ouvertures exceptionnelles les jours de match de l'équipe de France. Entrée libre, sans réservation. Accès en tram (arrêts Schluthfeld et Krimmeri-Meinau), à vélo, à pied ou en voiture.

Alors oui, Strasbourg l'été, c'est une friche entre deux voies ferrées, du sable importé par camion (je ne parlerai pas du bilan carbone) et des écrans géants. Ce n'est pas Monaco. Ce n'est pas Saint-Tropez. C'est même très loin du romantisme des bords du Rhin que les cartes postales nous promettent depuis toujours.

Mais quelque chose me dit que l'équipe d'organisation y fera de l'argent.