Frédéric Bierry n'aime pas le mot identité. Interrogé la semaine dernière par Corse Matin sur son projet de sortie de l'Alsace du Grand Est, le président de la Collectivité européenne d'Alsace insiste : la démarche ne vise qu'à améliorer « l'efficacité de l'action publique », rien d'identitaire, rien d'autonomiste. Le discours est rodé. Les faits, eux, racontent autre chose.
Commençons par le logo. Celui de la CEA, baptisé A-Cœur, dessine un A rouge et blanc qui évoque tout à la fois un bretzel et une coiffe alsacienne traditionnelle. Une institution départementale qui choisit de se présenter au monde sous les traits d'un apéritif local et d'un couvre-chef du XIXe siècle ne fait pas dans l'efficacité administrative. Elle fait dans le folklore identitaire, et elle le fait savoir.
Poursuivons avec le bendele. En décembre dernier, c'est Frédéric Bierry lui-même qui lance, sur les réseaux sociaux, l'opération « S'Bendele » : un petit ruban rouge et blanc, inspiré du Schlupkapp traditionnel, à porter à la boutonnière jusqu'au retour d'une région Alsace. Sa formule, mot pour mot : ce ruban est « le symbole fort de l'identité alsacienne ». Pas l'efficacité de l'action publique. L'identité alsacienne, en toutes lettres, par la bouche même de celui qui jure aujourd'hui le contraire à un journal corse.
Le discours des élus ne dit pas autre chose. Pierre Klein, président du club Initiative citoyenne alsacienne, l'affirme sans détour dans sa lettre ouverte à l'historien Georges Bischoff (auteur d'un pamphlet contre Frédéric Bierry) : la sortie du Grand Est « est avant tout un problème d'identité ». Lui au moins ne s'en cache pas.
Reste la question du calendrier. Le texte actant la sortie de l'Alsace du Grand Est a déjà été adopté par l'Assemblée nationale. Le combat institutionnel est presque gagné, car il manque le vote du Sénat. Il faut donc habiller ce texte législatif, éminemment identitaire, pour qu'il passe le vote de la chambre haute et c'est précisément là qu'intervient l'argument de l'efficacité, autrement plus solide que le bendele ou le bretzel.
Le bretzel sur la façade, le ruban à la boutonnière, l'identité en toutes lettres : chez Frédéric Bierry, l'efficacité de l'action publique porte décidément un drôle de costume.