Schiltigheim : chronique d'une préemption

Fin 2025, Heineken cesse de brasser à Schiltigheim. Le groupe laisse en plan 220 emplois (supprimés) et 13 hectares en plein centre-ville dans la commune la plus dense de la métropole. Le brasseur lance alors un appel d'offres pour le terrain.

Fin avril 2026, la presse locale révèle que le Crédit Mutuel Aménagement foncier serait sur les rangs pour racheter le site, en vue d'un programme de bureaux et de logements. Ni Heineken ni la banque ne confirment. Peu importe, l'information suffit à mettre le feu aux poudres : à Schiltigheim, un collectif d'habitants se monte, la mairie s'alarme.

Le 28 avril, le conseil municipal vote à l'unanimité une motion demandant à l'Eurométropole d'exercer son droit de préemption. Réponse de la toute "jeune" majorité Trautmann deux jours plus tard : la préemption sera un « dernier recours ». Traduction : plus tard, peut-être, si vraiment il n'y a pas d'autre choix.

Trois mois de statu quo plus tard, mi-juillet, l'Eurométropole se fend d'un communiqué de mise au point. On y apprend beaucoup de choses : un « projet d'aménagement démonstrateur », un collège, des espaces verts, des îlots de fraîcheur, la « pleine mobilisation » des équipes. On y apprend surtout qu'un dossier de préemption existe, prêt à être « mobilisé », dixit l'exécutif métropolitain, le jour où la vente sera officiellement déclarée.

Sept mois après la fermeture de la brasserie, la friche est toujours là, intacte, et l'Eurométropole continue à expliquer qu'elle s'en occupe. « Prendre toute sa part », disait le communiqué. Pour l'instant, elle prend surtout son temps.