Procès Bergeaud-Blackler à Strasbourg : la procédure capote

La procédure en diffamation visant l'anthropologue Florence Bergeaud-Blackler devait connaître son issue jeudi 11 juin devant le tribunal judiciaire de Strasbourg. Elle s'est arrêtée avant d'avoir commencé : les juges ont prononcé la nullité des poursuites, l'acte introductif ne satisfaisant pas aux exigences procédurales, particulièrement strictes en la matière, de la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Sur le fond, sur le caractère diffamatoire ou non des propos, rien n'a été dit.

Le profil de la mise en cause donne pourtant tout son relief à l'affaire. Chargée de recherche au CNRS, présidente de son propre centre de recherche sur le même sujet, l'Islam, Florence Bergeaud-Blackler s'en prend régulièrement à des universitaires et à des institutions sur X, où elle compte 68 000 abonnés. Plus de cinquante collègues visés depuis 2022, selon un décompte du Monde : la mécanique est rodée, suggérer en quelques phrases des liens entre la personne ciblée et les Frères musulmans ou l'islamisme, son champ de recherche déclaré. Une méthode efficace sur les réseaux, où l'insinuation circule plus vite qu'elle ne se réfute, et embarrassante pour le monde scientifique, qui s'en accommode dans le silence total du CNRS, qu'on a connu plus "sonore" sur d'autres sujets connexes.

Iman El Feki, doctorante en sociologie à l'université de Strasbourg, est devenue l'une de ces cibles le 4 mars 2025. Le post de Bergeaud-Blackler l'accusait de n'être pas un cas isolé dans une islamisation de la connaissance installée depuis trente ans dans les universités, alors que la doctorante travaille sur la lutte contre la radicalisation pénitentiaire, un sujet qui n'a rien à voir, avec des habilitations validées jusqu'au niveau des services du Premier ministre.

La chercheuse mise en cause ne s'est pas présentée à l'audience. Son absence n'a pas empêché Florence Bergeaud-Blackler de se féliciter sur X de cette annulation de procédure, qu'elle présente comme une victoire pour la liberté de la recherche, ironie d'une défense obtenue sans débattre du fond sur le réseau même qui est à l'origine de l'affaire. L'avocate de la partie civile a fait appel dès le 16 juin. Reste à savoir si le fond du dossier trouvera un jour son juge.