À Strasbourg, on connaissait la prime au vainqueur. On découvre la prime au sixième. Élu jeudi 11 juin à la présidence de la SERS, Pierre Jakubowicz ajoute une ligne à un palmarès qui détonne avec son résultat dans les urnes : 5,1 % au premier tour des municipales. Du jamais-vu en matière de rendement politique.
Reprenons. Le 15 mars dernier, la liste centriste de Pierre Jakubowicz (Horizons-MoDem-Renaissance) rassemblait 4 407 voix, soit 5,1 % des suffrages. Un score qui le plaçait en sixième position, tout juste au-dessus de la barre fatidique des 5 %, le minimum requis pour espérer fusionner avec une liste qualifiée pour le second tour. Le candidat ne s'en cachait d'ailleurs pas : « On n'est peut-être pas les favoris de cette élection, mais on est les favoris des alliances dans l'arc républicain », lançait-il avant le scrutin. Prophétie tenue.
Dès le lendemain du premier tour, il ralliait Catherine Trautmann (PS), arrivée en tête. Sur la liste d'union de la socialiste, victorieuse le 22 mars avec 37 % des voix, devant Jeanne Barseghian et Jean-Philippe Vetter, il décrochait six places, dont quatre éligibles, et se positionnait lui-même en sixième place. Détail savoureux : son propre parti, Horizons, désavouait l'opération au niveau national et reportait son soutien sur le candidat LR. Lâché par les siens, Jakubowicz n'en sortait pas moins gagnant.
Car le butin est conséquent. Le voilà adjoint à la culture et à la Robertsau, troisième dans l'ordre protocolaire des adjoints, soit l'un des portefeuilles les plus visibles de la mandature. Et désormais président de la SERS, la Société d'aménagement et d'équipement du Rhin supérieur, maison « experte et leader depuis 70 ans » dans l'aménagement, la construction et la gestion de patrimoine, où il succède à l'écologiste Jean Werlen. Culture, urbanisme, patrimoine : pour 5,1 % des voix, l'amplitude force le respect.
Faut-il y voir un scandale ? Pas vraiment. C'est l'arithmétique parfaitement légale des fusions d'entre-deux-tours qui veut cela : dans une élection à trois bandes aussi serrée, la voix d'appoint vaut de l'or, et celui qui l'apporte négocie en position de force. Trautmann avait besoin de Jakubowicz pour devancer Barseghian et Vetter ; elle a payé le prix de l'alliance. Rien que de très classique dans la mécanique des coalitions strasbourgeoises.
Il n'empêche. Quand on rapporte les responsabilités obtenues au nombre de bulletins glissés dans l'urne en son nom, Pierre Jakubowicz signe sans doute le meilleur ratio de toute la mandature. 4 407 électeurs, un adjoint au troisième rang et la présidence d'une société d'aménagement septuagénaire : à Strasbourg, un petit score n'a jamais autant rapporté.