Mourad Farès, déchu de la nationalité française

La déchéance de nationalité est une mesure rare en France, réservée aux personnes condamnées pour des actes graves portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation. C'est précisément ce mécanisme qui vient d'être appliqué à Mourad Farès, 41 ans, originaire de Thonon-les-Bains. Un décret publié au Journal officiel le 9 juin 2026 lui retire officiellement sa nationalité française, une décision qui s'inscrit dans la continuité judiciaire d'une affaire marquante du terrorisme hexagonal.

Pour comprendre qui est cet homme, il faut replonger dans les années 2010, quand des centaines de jeunes Français quittaient le territoire pour rejoindre les rangs de l'État islamique en Syrie et en Irak. Mourad Farès s'était alors imposé comme un recruteur actif, capable de convaincre des jeunes hommes de franchir le pas. En 2013, il s'était notamment rendu dans le Bas-Rhin, où il avait rencontré les membres de ce qu'on allait appeler la filière de Strasbourg-Wissembourg. Ce groupe d'une dizaine de jeunes hommes, originaires notamment du quartier strasbourgeois de la Meinau, avait quitté l'Alsace en décembre 2013 pour rejoindre la Syrie via la Turquie. Deux d'entre eux ne sont jamais rentrés, tués sur place. Sept autres sont revenus en France. L'un des membres de cette filière, Foued Mohamed-Aggad, est devenu tristement célèbre : il figure parmi les terroristes qui ont perpétré le massacre du Bataclan en novembre 2015.

Arrêté dès septembre 2014, Mourad Farès a été jugé en 2020 par la cour d'assises spéciale, la juridiction française compétente pour les affaires terroristes. Il a été condamné à 22 ans de réclusion criminelle pour avoir recruté et incité des dizaines de jeunes à partir combattre, mais aussi pour avoir dirigé un groupe de combattants francophones sur le terrain syrien. Lors du procès, il avait reconnu avoir fourni aux jeunes Strasbourgeois le contact d'un passeur, tout en minimisant son rôle dans leur décision finale.

La déchéance de nationalité qui lui est désormais appliquée touche une personne qui était binational, c'est-à-dire qu'elle possédait une autre nationalité en plus de la française, condition indispensable pour que cette mesure soit légalement applicable. Il ne s'agit pas d'un cas isolé dans cette affaire : plusieurs membres de la filière de Strasbourg-Wissembourg, dont le frère de Foued Mohamed-Aggad, ont déjà fait l'objet de cette même procédure ces dernières années.

Au-delà du cas individuel, cette actualité rappelle à quel point les ramifications des départs en Syrie continuent de produire des effets juridiques plus d'une décennie après les faits. C'est aussi un exemple concret de la manière dont l'État mobilise ses outils symboliques et légaux pour répondre à des actes jugés incompatibles avec l'appartenance à la communauté nationale.