Il y avait, vendredi 26 juin à l'Eurométropole de Strasbourg, quelque chose de presque liturgique dans l'examen du compte financier unique 2025. Non pas à cause des chiffres eux-mêmes, qui sont ce qu'ils sont, mais à cause de la langue employée pour les commenter.
L'épargne brute s'est "effondrée ", a tonné Caroline Barrière, vice-présidente aux finances. Le taux d'épargne a "dégringolé". La dette a "explosé", "bondissant" de 587 à 880 millions d'euros. Des intérêts qui "obèrent" les marges de manœuvre. Catherine Trautmann, elle, a convoqué le "devoir de rigueur" et l' "obligation fondamentale" de redressement. Thibaud Philipps, premier vice-président, a solennellement promis non des "renoncements", mais une "exigence constante de soutenabilité". On ne sait pas exactement ce que c'est, mais cela sonne très sérieux.
Soyons honnêtes : la dette a bien augmenté. De 293 millions d'euros en six ans, ce qui n'est pas rien. Mais entre une hausse de 50 % en valeur absolue et une "explosion" », il y a une marge que certains orateurs métropolitains ont franchie sans hésiter. D'autant que la période n'était pas exactement celle d'une gestion nonchalante par temps calme : Covid-19, guerre en Ukraine, inflation, explosion des taux d'intérêt, le tout géré avec 288 millions d'investissements en 2025, un record historique. Comme l'a rappelé Syamak Agha Babaei, l'ancien vice-président aux finances reconverti dans l'opposition : l'épargne reste "puissante et robuste", et la capacité de désendettement est "maîtrisée". Ce sont des mots moins photogéniques, certes, que l'apocalypse décrite par la grande coalition de droite et de droite à l'Eurométropole.
Catherine Trautmann, piquée au vif, lui a répondu avec l'économie de mots dont elle est capable : « Je ne suis pas très excitée par la dette. Par contre, j'ai remarqué que vous étiez très excité par la dépense. » Joli. Mais la formule n'efface pas le fait que l'audit financier commandé en mars n'est attendu qu'en septembre, et que les priorités d'économies ne sont "pas encore définies". On redresse avant de savoir quoi redresser : voilà peut-être, au fond, la vraie hardiesse budgétaire du moment.
Le CFU a été adopté par 75 voix et 28 abstentions. La situation financière est sous contrôle. La rhétorique, elle, explose allègrement.