Le Festival européen du film fantastique de Strasbourg tient sa thématique de l'année. Après la "FasciFiction" en 2025, la 19e édition du Feffs, du 25 septembre au 4 octobre, consacre sa grande rétrospective aux intelligences artificielles. HAL 9000, Terminator, Blade Runner, HER, Ghost in the Shell : le festival ressort les classiques qui, depuis des décennies, posent déjà la question que tout le monde redécouvre en 2026. L'affiche, signée Mahon, renvoie au monolithe de 2001, l'Odyssée de l'espace. Une manière de rappeler que le cinéma de genre n'a pas attendu OpenAi pour s'interroger sur les machines qui pensent.
Le Feffs ne se contentera pas de projeter des films : une table ronde, organisée dans le cadre des rencontres professionnelles Eurogenre mais ouverte au grand public, doit questionner l'IA dans toutes ses dimensions. De quoi nourrir le débat, alors que le cofondateur d'Anthropic Dario Amodei prédit que l'intelligence artificielle dépassera l'intelligence humaine dès l'année prochaine.
Autre nouveauté de cette édition : des résidences d'écriture pour scénaristes de courts et longs-métrages, à Saint-Quirin puis entre Châlons-en-Champagne et Strasbourg, financées notamment par le CNC et le Grand Est. Les pitchs seront présentés durant le festival. Une façon, aussi, de rappeler que derrière chaque film il y a encore, et malgré tout, des auteurs.
Les dinosaures de Jurassic Park n'ont jamais existé
Voilà qui mérite d'être dit sans détour, parce que le sujet s'y prête : l'IA générative fait aujourd'hui son entrée dans les effets spéciaux, et l'annonce suscite son lot de sueurs froides dans l'industrie du cinéma. À raison, sur un point précis. À tort, sur beaucoup d'autres.
Posons la question autrement. Les dinosaures de Jurassic Park n'ont jamais existé. Yoda, dans Star Wars, n'est qu'une marionnette animée puis un modèle numérique, jamais un être vivant. Personne n'a interprété E.T. dans le sens où l'on interprète un rôle au théâtre : la créature de Spielberg est un empilement d'animatronique, de latex et de trucages optiques. Cela n'a jamais empêché ces films d'émouvoir des générations entières, ni de figurer parmi les sommets du septième art. Le cinéma n'a jamais été un enregistrement fidèle du réel. Depuis Le Voyage dans la Lune de Georges Méliès, en 1902, il repose sur la fabrication d'illusions, avec les outils du moment : maquettes, incrustations, animations électroniques, images de synthèse. L'IA générative n'est, en ce sens, qu'un outil de plus dans cette longue histoire du trucage.
Ce qui change, en revanche, c'est qui fabrique désormais l'illusion. Là où des studios spécialisés, des équipes d'animateurs, de modeleurs, de techniciens en compositing employaient des centaines de personnes pendant des mois, un modèle d'IA peut aujourd'hui générer une partie de ce travail en quelques heures. C'est un vrai sujet, un sujet d'emploi, de rémunération, de savoir-faire menacé, et il mérite d'être pris au sérieux, notamment par les syndicats du secteur qui s'en inquiètent depuis la grève hollywoodienne de 2023. Mais confondre ce bouleversement économique avec la fin du cinéma, ou pire, avec la fin de la vérité à l'écran, revient à oublier que le grand écran a toujours menti pour mieux raconter le vrai.
Le Feffs, en choisissant l'IA comme fil rouge de sa rétrospective, prend le sujet par le bon bout : ni fascination béate, ni panique de fin du monde, mais une question posée depuis longtemps par le cinéma lui-même, et qu'il continue de poser, films à l'appui. Ce n'est pas la première fois que le septième art change d'outils. Ce sera sans doute la dernière fois qu'on s'en étonne autant.
Le Feffs se tiendra du 25 septembre au 4 octobre 2026. Plus d'infos sur www.strasbourgfestival.com.