Édito - « Ce n'est pas la girouette qui tourne, c'est le vent »

Edgar Faure, deux fois président du Conseil sous la IVe République, avait le sens de la formule et un certain talent pour retomber sur ses pieds. Passé du Front populaire au gaullisme en passant par le Parti radical, il justifiait ses revirements successifs par cet aphorisme resté célèbre, qu'il avait emprunté, sans trop le crier sur les toits, à Camille Desmoulins. L'idée : ce n'est pas l'homme politique qui change d'avis, c'est le monde qui change autour de lui. Très pratique pour justifier l'opportunisme ou les reniements politiques.

Pourquoi convoquer Edgar Faure cette semaine ? Parce qu'on va parler un peu de Catherine Graef-Eckert, maire de Lingolsheim et que cette citation lui va, a priori, comme un gant.

Ses fonctions tiennent en une phrase, mais une phrase bien chargée : maire de Lingolsheim, 4e vice-présidente de la Collectivité européenne d'Alsace et vice-présidente de l'Eurométropole de Strasbourg.

Sur le fond, rien de très compliqué. Catherine Graef-Eckert est de droite, naturellement, comme l'était avant elle son "papa" politique Yves Bur, maire de Lingolsheim pendant près de trente ans. Elle siège aussi comme vice-présidente aux côtés de Frédéric Bierry à la Collectivité européenne d'Alsace, une maison où les questions identitaires alsaciennes tiennent une place de choix pour justifier la sortie de l'Alsace du Grand Est. Dans le même temps, l'élue est vice-présidente de l'Eurométropole de Strasbourg, assemblée pilotée par une majorité de gauche. De quoi donner le tournis même à un derviche tourneur.

Cette semaine, avec un peu de retard sur l'agenda, on a appris qu'elle figurerait aussi en 7e position sur la liste des Républicains aux sénatoriales 2026 dans le Bas-Rhin, menée par Elsa Schalck.

On pourrait déjà s'interroger sur la manière dont Catherine Graef-Eckert trouve le temps de tout mener de front. Mais ne cherchons pas trop non plus : la réponse pourrait réserver de mauvaises surprises.

Reste la question des convictions. Comment une élue de droite, aux côtés d'un Frédéric Bierry très en pointe sur les questions identitaires alsaciennes, s'accommode-t-elle si bien d'une majorité de gauche à l'Eurométropole qui n'est pas favorable, par exemple, à la sortie de l'Alsace du Grand Est ? Si ce n'est pas de l'opportunisme, cette faculté à épouser le vent plutôt qu'à le combattre, alors il faut sans doute se résoudre à y voir autre chose : de la bêtise, tout simplement. Une bêtise qui n'est pas nécessairement désagréable, du reste.

Il faudrait alors passer d'Edgar Faure à Clemenceau qui disait de Gambetta : "il ne savait pas où il allait, mais il y allait avec flamme". Appliquée à la vice-présidente, la formule n'a pas besoin d'être retouchée de beaucoup : Catherine Graef-Eckert ne sait pas où elle va, mais elle y va avec flamme.