DGS, dircab, dircom : Catherine Trautmann ne fait plus recette

Comparer Jeanne Barseghian et Catherine Trautmann sur le plan idéologique est un exercice très difficile. Entre l'écologiste sortante et la socialiste revenue aux affaires, l'écart idéologique se mesure souvent à l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarettes : mêmes intentions sur la transition, le logement ou l'apaisement de l'espace public, à quelques dosages près, liés au budget. Ce n'est donc pas sur ce terrain qu'il faut chercher ce qui distingue, ou pas, les deux mandatures, n'en déplaise aux grincheux. Ce n'est que le temps long qui permettra de départager l'ancienne et la nouvelle ancienne. Alors, allons chercher ailleurs les différences. Par exemple, du côté des ressources humaines et plus précisément sur les trois postes qui font tourner une mairie de l'intérieur. Le directeur général des services, qui pilote l'administration. Le directeur de cabinet, qui filtre tout ce qui arrive jusqu'à la maire. Le directeur de la communication, qui met en scène le mandat. Sous Jeanne Barseghian, ce triangle n'aura jamais tenu en place bien longtemps. Sous Catherine Trautmann, à peine quatre mois après son installation, il donne déjà des signes identiques et c'est, quelque part, étonnant.

Pour commencer, reprenons le calendrier des nomination au temps de "la Princesse Leila Barseghian", sans mettre de noms dessus, ce n'est pas le sujet.

Côté DGS, l'ancien titulaire, en poste depuis une décennie, part au moment de l'alternance. Il faut attendre le début de l'année 2021, soit sept mois après l'élection, pour qu'une remplaçante prenne officiellement ses fonctions. Elle tient moins de trois ans et s'en va à l'automne 2023 pour une autre collectivité (bien à droite). Son adjoint assure ensuite l'intérim, avant d'être confirmé à son poste au tournant de 2024. On a connu des mandats plus stables pour le chef de l'administration.

Côté cabinet, le poste est resté vacant six mois après l'installation de la nouvelle majorité Barseghian, le temps de trouver un premier titulaire. Celui-ci est débarqué sept mois plus tard, dans un climat de tensions internes qui n'a échappé à personne dans les couloirs de la mairie. Un tandem improbable sur le plan politique prend ensuite le relais et tient, lui, jusqu'au bout du mandat. Seule stabilité du tableau, mais elle n'était qu'apparente car, normalement, la direction de cabinet à Strasbourg est la même à la ville et à l'Eurométropole pour, justement, éviter l'improbable.

Côté communication enfin, la première titulaire quitte son poste après quinze mois, une deuxième prend le relais et dure un peu plus de deux ans, avec quelques remous et recours. Puis, dans la dernière ligne droite du mandat, à l'automne 2025, la direction bascule en intérim, confiée à un directeur général adjoint épaulé d'une manageuse de transition spécialement recrutée pour tenir la boutique jusqu'à l'élection. Trois personnes en six ans, dont la dernière n'est même pas une vraie titulaire, cela tient plus d'un bateau dans une tempête que d'un pédalo sur le lac de Gerardmer.

Un DGS remplacé deux fois, un cabinet vacant puis débarqué avant de se stabiliser, une communication tenue en intérim jusqu'au bout : voilà pour le bilan RH de la mandature écologiste. De quoi donner le tournis à n'importe quel service des ressources humaines.

Face à ce constat, Catherine Trautmann avait de quoi se distinguer. Femme d'expérience, plusieurs fois ministre, et un retour annoncé comme celui d'une professionnelle du pouvoir face à une équipe jugée amatrice : la Reine Catherine devait remettre de l'ordre dans la maison.

Or, à l'heure où ces lignes sont écrites, soit quatre mois après son installation, la nouvelle maire n'a toujours pas de DGS. Le titulaire hérité de Jeanne Barseghian a quitté le navire au moment de la passation, direction une autre collectivité alsacienne, laissant le fauteuil de DGS vide. Il aura fallu attendre fin mai pour qu'un directeur de cabinet soit trouvé, un fonctionnaire venu de l'administration lilloise, sans lien avec l'ancienne ou la nouvelle majorité strasbourgeoise avec, donc, toutes les réserves qu'on peut avoir sur ses qualités politiques locales. Quant au poste de dircom, il est toujours ouvert au recrutement cet été, faute de candidat.

Autrement dit, Catherine Trautmann démarre son mandat exactement là où Jeanne Barseghian a commencé et fini le sien : sans DGS, avec un dircab tout juste sorti du carton, pour l'une venant de Mayotte, pour l'autre de Lille et un dircom aux abonnés absents.

Alors, ces deux mandats vont-ils finir par se ressembler de bout en bout ? Il y a tout de même une différence, et elle est ironique. Dans les années 1990 et 2000, quand Catherine Trautmann régnait sur la mairie puis sur le ministère de la Culture, on se battait pour un strapontin dans son cabinet. Trente ans plus tard, la Reine Catherine peine à remplir les trois postes clés de son palais, avec des délais qui n'ont rien à envier à ceux d'une écologiste de 40 ans en 2020. Si le trône est revenu à la Reine, son pouvoir d'attraction semble être resté au siècle dernier.