Il faisait chaud, alors on a coupé le robinet. Depuis 16 h ce samedi et jusqu'à dimanche minuit, boire un verre en terrasse est interdit dans plusieurs villes du Bas-Rhin, Strasbourg et son Eurométropole en tête, ainsi qu'à Haguenau, Sélestat, Saverne, Molsheim, Obernai, Erstein, Brumath et Bischwiller. Motif officiel : la canicule, conjuguée à deux « grands événements », la Fête de la musique et la marche des fiertés, exigerait que l'on protège la population d'elle-même.
Le sous-préfet de permanence, Loïc Luisetto, parle d'une mesure « exceptionnelle ». Les hôpitaux sont « ultra-mobilisés », les malaises se multiplient, le Samu peine à suivre. Tout cela est vrai et personne ne le contestera. Reste une question simple, que la préfecture ne se pose visiblement pas : en quoi un demi pression bu à l'ombre d'un parasol aggrave-t-il un coup de chaleur, plutôt qu'un verre d'eau avalé trop tard ou une après-midi passée sans casquette. L'arrêté ne le précise pas. Il ordonne, et c'est suffisant.
Car c'est bien là tout l'art de la chose : on ne demande pas aux Alsaciens de s'hydrater, de se couvrir, de surveiller les personnes âgées de leur entourage, on leur retire le verre des mains, comme on confisquerait un goûter à un enfant qui a déjà trop mangé de bonbons. La pédagogie de l'État s'arrête rarement à la recommandation quand l'interdiction est plus simple à rédiger.
Le plus savoureux reste pour la fin. Les principaux concernés, eux, n'étaient pas prévenus. L'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie du Bas-Rhin affirme ne pas être « au courant » d'un arrêté pourtant entré en vigueur dès 16 h. La Ville de Strasbourg, qui gère l'essentiel des terrasses visées, n'en savait pas davantage. On administre donc les buveurs sans consulter les cafetiers, et l'on gouverne une métropole sans en informer sa mairie. Le tuteur sait ce qui est bon pour ses tutelles, il n'a simplement pas jugé utile de les prévenir avant de fermer le bar.