Affaire Gandzion : l'angle mort de la Mairie Trautmann

« Je n'avais aucune connaissance » des éléments révélés par Finance Uncovered, ni lors de la campagne des municipales ni au moment de la désignation des adjoints. La phrase est de Catherine Trautmann. Elle répond ainsi aux DNA, qui reprennent ce 15 juillet une enquête du média britannique Finance Uncovered reliant l'une de ses adjointes au patrimoine d'un intermédiaire du pouvoir congolais. La formule se veut une défense mais elle amène quelques questions.

Reprenons. Marie-No Gandzion, 39 ans, entrepreneuse strasbourgeoise à la tête d'un réseau de microcrèches, a été nommée le 28 mars dix-huitième adjointe de la nouvelle maire, en charge de l'égalité, de la lutte contre les discriminations et des droits des femmes. Un profil neuf, venu du monde économique, que Catherine Trautmann est allée chercher elle-même après une rencontre lors d'une soirée sur le leadership féminin. Rien là que de très classique dans la constitution d'une liste.

Sauf que le père de l'intéressée s'appelle Maxime Gandzion. Et que ce nom-là n'est pas un secret.

Ce qui est public depuis 2018

Conseiller spécial de Denis Sassou Nguesso, l'homme fort de Brazzaville depuis 1979, Maxime Gandzion est désigné par la justice pénale suisse comme l'agent étranger qui a perçu les pots-de-vin versés par le négociant genevois Gunvor pour rafler le marché du pétrole congolais. L'affaire n'est pas récente. Elle est documentée depuis 2018 par l'ONG Public Eye et le consortium OCCRP, avant la condamnation de Gunvor en 2019 à près de 94 millions de francs suisses. Plus de quinze millions de dollars auraient transité par les comptes du conseiller, selon Public Eye. Le tout est en ligne, en accès libre, à quelques clics d'un moteur de recherche.

C'est là que le « je n'avais aucune connaissance » se retourne. Car il ne s'agit pas d'une information enfouie, sortie d'une fuite de dernière minute ou d'un dossier confidentiel. Il s'agit d'un nom associé, depuis sept ans, à l'un des scandales de corruption les plus documentés d'Afrique centrale. La question n'est donc pas de savoir ce que la candidate savait. Elle est de savoir ce qu'elle a cherché à savoir.

Le reproche ne porte pas sur la fille

Disons-le clairement, car la nuance est importante. Rien, à ce jour, n'établit la moindre faute personnelle de Marie-No Gandzion. Aucune poursuite ne la vise, aucune enquête du Parquet national financier n'est ouverte, et Finance Uncovered reconnaît lui-même n'avoir pas pu tracer l'origine des fonds. « Mon père a fait ses affaires, moi j'ai toujours été séparée », plaide l'adjointe. On ne répond pas des activités de son père : c'est un principe d'État de droit, et Catherine Trautmann a raison de le rappeler.

Précisément parce que ce principe tient, le reproche se déplace. Il ne vise pas la culpabilité d'une élue, il vise la diligence d'une candidate, avec beaucoup d'expérience politique. Nommer quelqu'un à une fonction publique suppose un minimum de vérification, surtout quand la personne est recrutée hors des rangs militants, sur la seule foi d'une rencontre et d'affinités. Ce minimum, une simple recherche sur un patronyme, aurait suffi à faire remonter le risque. Il n'a pas été fait, ou il a été négligé. Donc, répondre à la presse : "Je n'avais aucune connaissance" est, pour le moins, curieux.

Catherine Trautmann promet aujourd'hui de réexaminer la situation « si des éléments nouveaux, établis et juridiquement fondés » venaient à émerger. La formule est prudente, et juridiquement inattaquable. Elle laisse pourtant de côté l'essentiel : les éléments décisifs de cette affaire ne sont pas nouveaux. Ils étaient là avant l'élection, avant la nomination, il suffisait de les lire.