Depuis le second tour des municipales de mars 2026, on savait déjà que Pierre Jakubowicz avait un sens de l'orientation assez personnel. Référent local des mouvements Horizons et Renaissance, il avait jugé plus logique de rallier la liste de Catherine Trautmann plutôt que celle de son camp naturel, la droite. Une boussole qui pointait déjà dans une direction que peu de monde avait anticipée.
Il aura fallu attendre la rentrée prochaine, et son conseil municipal de fin septembre, pour comprendre que ce sens de l'orientation approximatif ne s'arrêtait pas à la politique : il s'étend visiblement aussi au mètre. (non, je ne ferai pas la plaisanterie d'Audiard sur le mètre-étalon de la connerie qu'il faut mettre à Sèvres)
Interrogé par Actu Strasbourg sur le futur baptême du quai situé devant le musée historique, au niveau de l'embarcadère de Batormama, le troisième adjoint a expliqué vouloir « mieux mettre en avant la forte concentration de musées » du quartier, en affirmant qu'on en dénombre « pas moins de six à moins de 100 mètres » de ce quai. Rapide vérification faite, à vol d'oiseau, depuis le musée historique lui-même : le Musée alsacien pointe à 95 mètres, le Musée de l'Œuvre Notre-Dame à 103 et les trois musées du Palais Rohan (Beaux-Arts, Arts décoratifs, Archéologique) caracolent tous les trois à plus de 150 mètres. Soit un écart de plus de 50 % avec l'annonce officielle. À ce niveau d'approximation, on se demande si l'adjoint a mesuré la distance avec un décamètre ou avec le même instrument qui lui a fait confondre la droite et la gauche en mars dernier.
Mais le plus amusant reste à venir : pour un élu en charge de la Culture, le nom de baptême retenu, qui sera donc acté fin septembre durant le conseil municipal, relève d'un exercice de style que l'on peut qualifier, au mieux, de sobre. « Quai des Musées », devant... des musées. On imagine déjà la suite du programme de dénominations audacieuses pour rester en accord complet avec la réalité : la rue des Magasins Fermés pour la portion du centre-ville la plus touchée par la vacance commerciale, ou encore la place du Sécateur pour la place Broglie, en forme d'hommage au programme sécuritaire promis par la Maire de Strasbourg.
Et puisqu'on en est à le sécurité, rappelons que Madame la maire, toujours elle, n'a pas manqué d'inspiration pendant la campagne pour qualifier certains lieux du centre-ville, on suggère donc de garder le filon. On se souvient qu'installée au fond d'un bar, en décembre 2025, elle expliquait avoir choisi d'étudier la place d'Austerlitz parce qu'elle concentrerait « plusieurs symptômes d'une ville qui va mal » : travaux interminables, incivilités, conflits d'usages, une place que « les gens désertent » à cause des « agressions verbales » de « gens avinés ». De quoi rebaptiser, sans trop se fouler et dans une optique de réalité alternative, la Place d'Austerlitz en Place Désertée.