À quoi sert l'IHU ? On a enfin la réponse

Cela fait quinze ans qu'on se pose la question. Depuis sa création en 2011, l'Institut hospitalo-universitaire de Strasbourg a englouti plus de 80 millions d'euros d'argent public, s'est fait perquisitionner par le parquet national financier pour soupçons de prise illégale d'intérêts, a vu son ancien directeur limogé après avoir dénoncé des flux financiers douteux vers l'Ircad, et s'est retrouvé, en mars 2025, au cœur d'un scandale national : des patients cancéreux déprogrammés pendant que des cochons passaient au scanner pour le compte de laboratoires privés. Même le Hcéres (Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur), l'organisme censé évaluer sereinement ce genre d'institution, a fini par recommander de « clarifier » son positionnement vis-à-vis de l'Ircad. Poliment, mais dans ce type d'institution, c'est déjà beaucoup.

Bref, on cherchait à quoi servait vraiment l'IHU. La réponse est arrivée cette semaine. Elle pèse 2,3 kilos, elle a une queue rayée et elle s'appelle Bilbo.

Un lémurien, une artère fémorale, une reconstruction en 3D

Bilbo est un maki catta du parc animalier de Sainte-Croix, à Rhodes, en Moselle. Au printemps, il s'est mis à boiter : un pseudo-anévrisme, une poche de sang formée par une brèche dans l'artère fémorale, comprimait sa patte arrière et menaçait de rompre. Une hémorragie mortelle, pour un animal d'à peine deux kilos et demi. Les chirurgiens vétérinaires du parc, face à un cas jugé trop rare et trop risqué, ont refusé d'opérer.

C'est là que l'IHU entre en scène : spécialisé dans la chirurgie humaine mini-invasive guidée par l'image, l'institut a mobilisé ses équipes de chirurgie vasculaire et de radiologie pour un cas qui n'avait, en théorie, rien à voir avec sa mission. Une reconstruction en 3D de l'anatomie de la patte du lémurien a permis d'anticiper chaque geste. L'opération s'est déroulée courant mai, sur place, au parc de Sainte-Croix. Bilbo a retrouvé son enclos, se porte bien, et les visiteurs peuvent venir voir sa cicatrice.

Le bilan, version comptable

Alors récapitulons. D'un côté : quinze ans de gouvernance chaotique, une enquête du PNF toujours en cours, un rapport administratif sur la priorisation de cochons face à des malades du cancer, des dizaines de millions d'euros dont personne n'a jamais très bien su détailler l'usage. De l'autre : un lémurien mosellan sauvé grâce à une passerelle inédite entre médecine humaine et vétérinaire, saluée comme une prouesse technique.

On ne va pas bouder son plaisir. C'est une belle histoire, une vraie prouesse médicale, et Bilbo n'y est pour rien. Mais après des années à se demander ce que cet institut apportait concrètement pour la somme colossale qu'il coûte chaque année aux finances publiques, il fallait bien qu'un lémurien s'y colle pour trouver, enfin, une réponse qui tienne en une phrase et qui fasse sourire tout le monde.

À quoi sert l'IHU ? À sauver Bilbo.