Strasbourg et la Coupe du Monde de football

La Ville de Strasbourg a annoncé, ce mardi 9 juin, « un dispositif exceptionnel » pour accompagner la Coupe du monde 2026. Le communiqué municipal mérite qu'on s'y attarde, non pour ce qu'il contient, mais pour ce qu'il nomme.

Ce que l'exception recouvre

Premier volet du dispositif : les terrasses des bars et restaurants seront autorisées à diffuser les matchs, avec sonorisation et écrans, pour les rencontres dont le coup d'envoi est donné au plus tard à 21 h. Autrement dit, la Ville autorise ce que le règlement municipal autorise déjà, puisque les terrasses ne peuvent dépasser minuit trente, et qu'un match débutant à 23 h n'a donc aucune chance d'y figurer, Coupe du monde ou pas. La rigueur du cadre ne change pas d'un millimètre. On appelle cela une autorisation exceptionnelle ; c'est en réalité la confirmation que la règle existante s'applique.

La fan-zone, ou le grand écran conditionnel

Second volet, présenté comme le clou du dispositif : une fan-zone au Jardin des Deux Rives, pour les matchs des phases finales de l'équipe de France, à partir des quarts de finale, sous réserve que la France soit qualifiée et que l'horaire de diffusion le permette. Trois conditions suspensives pour un seul rendez-vous. Le Jardin des Deux Rives, enclave verdoyante au bord du Rhin, à l'extrémité orientale de la ville, est un choix qui a le mérite de la discrétion : ni trop central pour déranger, ni trop visible pour susciter des attentes.

La communication du minimum habillé en générosité

Ce que ce communiqué illustre parfaitement, c'est la technique municipale du geste enveloppé. On ne fait pas grand-chose de plus que ce que le droit commun impose, mais on l'annonce dans un registre de la bienveillance exceptionnelle, comme si l'autorisation de regarder du football sur une terrasse à 21 h constituait une forme d'audace administrative. La formulation « à titre exceptionnel » revient deux fois en quelques lignes, ce qui finit par produire l'effet inverse : rappeler que l'ordinaire n'est pas si loin.

Ce n'est pas un reproche à la Ville de Strasbourg en particulier. C'est un classique que d'habiller en geste fort ce qui n'est qu'un aménagement marginal. La vraie question, celle que le communiqué ne pose jamais, est celle de l'ambition : voulait-on vraiment que les Strasbourgeois vivent collectivement la compétition, ou simplement gérer au plus près les risques de nuisance sonore et de débordement ?