Une phobie sans avenir, un édito sans thèse

Dimanche 9 août 2026, à 22h44, les DNA publient un édito signé Franck Buchy, intitulé « Une phobie sans avenir ». Le texte part d'une idée simple et solide : à chaque âge ses peurs, de l'enfant terrorisé par le noir à l'adulte qui découvre que la société cohabite avec la mort, l'Histoire n'est qu'une longue suite d'angoisses collectives de fin du monde. De là, l'auteur glisse vers l'éco-anxiété, jugée à son plus haut niveau en France après un été de feux de forêt, de canicule chronique et de sécheresse sévère. Jusque là, rien à redire. C'est la suite qui pose problème.

Car pour installer sa thèse, Franck Buchy range dans le même sac l'Apocalypse, le Jugement dernier, la guerre, la famine, le bug de l'an 2000, l'intelligence artificielle et la fonte des glaciers. Or ce ne sont pas des objets comparables. Le bug de l'an 2000 était une panique sur un événement qui ne s'est pas produit. La fonte des glaciers, elle, se mesure, se photographie et s'observe depuis un télésiège. Faire glisser un phénomène physique documenté dans la corbeille des fausses alertes de l'Histoire, c'est disqualifier l'éco-anxiété par voisinage, sans jamais l'affronter par l'argument. C'est un tour de passe-passe, pas une démonstration.

Le texte ne choisit d'ailleurs jamais son camp. Il veut à la fois valider l'angoisse ("chacun doit composer avec sa vulnérabilité") et la gronder ("la culpabilisation et le catastrophisme sont des carburants politiques"). Difficile de savoir, en refermant l'éditorial, si l'éco-anxiété est une réaction disproportionnée à ranger aux côtés du bug de l'an 2000, ou une réaction fondée mais psychologiquement stérile. L'édito hésite entre les deux, ce qui lui permet de ne jamais avoir tort mais l'empêche aussi d'avoir raison.

Le vocabulaire, ensuite, fait beaucoup de travail que l'argument ne fait pas. "Terreur du néant", "contraction de l'existence", "la vie est de l'ordre du possible" : ça sonne comme de la philosophie, mais ça ne dit rien de vérifiable. C'est le registre du café du commerce habillé en toge, la formule qui impressionne le temps d'une phrase et s'évapore à la suivante.

Et puis il y a la chute : "la nature ne capitule pas si facilement, elle suit son cours." Vrai, et hors sujet. Personne, dans cette histoire, ne s'inquiète du sort de la nature, elle s'en sortira très bien sans nous. Ce qui inquiète, c'est celui des sociétés humaines, des récoltes, des glaciers et des étés strasbourgeois à 40 degrés. Terminer un édito sur l'éco-anxiété en rappelant que la nature suivra son cours, c'est répondre à une question par une évidence qui ne concerne pas les gens qui posent la question.

Une note personnelle, pour finir. On a connu Franck Buchy à ses débuts, du temps où il débutait et où ses papiers mordaient. Et on sait qu'il vaut mieux que ce babil rassurant, aussi bien tourné soit-il. La prochaine fois, on espère le retrouver du côté de la démonstration plutôt que du côté de l'enfonçage de portes ouvertes et du "blabla".