C'est la rentrée, et comme chaque rentrée, il faut des rituels. Les élèves ont leurs cahiers neufs, les ministres leurs éléments de langage sur l'école et le reste, et à Strasbourg, Catherine Trautmann a ses conférences de presse. Le principe est le même quel que soit le sujet : on convoque la presse, on brandit de grands mots, et on repart sans avoir vraiment rien annoncé. Ici, ça s'appelle « rayonnement » et « accessibilité ». Ailleurs, ça s'appelle « excellence » et « réussite pour tous ». Le vocabulaire change, le degré d'engagement concret reste rigoureusement identique : proche de zéro.
Deux axes, donc, pour la culture, présentés au TAPS Laiterie avec la gravité qui convient : multiplier les échanges européens et rendre la culture accessible « à toutes et tous, à tous les âges ». On notera que personne, dans aucune mairie de France, n'a jamais annoncé vouloir une culture réservée aux classes moyennes supérieures de 35 à 50 ans. Tout l'art politique consiste précisément à énoncer des évidences comme s'il s'agissait d'un objectif.
Le grand art de ne rien annoncer
Sur le concret, la moisson est donc maigre et l'exécutif le reconnaît lui-même : l'audit financier n'est pas terminé, les discussions avec le secteur culturel se poursuivent, donc motus. Le TJP cherche toujours sa direction, la Fabrique de Théâtre et Apollonia sont « en réflexion », et l'unique geste un tant soit peu concret de la journée revient non pas à la maire mais à son adjoint à la Culture : un plan musées, dont on ne connait ni le calendrier, ni le budget. Reste un chiffre : 101 millions d'euros de budget culturel maintenu. Une ligne comptable pour habiller deux heures de discours, c'est peu.
Ce qui, en revanche, ne manque pas, ce sont les rappels à l'ordre adressés à la majorité écologiste sortante. Pas de vision, dit Trautmann et une baisse de 2,5 % des subventions en 2022. Le procès du bilan Barseghian est instruit avec plus de minutie que le programme du mandat en cours, ce qui est en soi un aveu éloquent sur les priorités de la majorité actuelle.
1989, l'année où Strasbourg devait avoir un nouvel opéra
Et c'est avec l'Opéra de Strasbourg que l'histoire devient savoureuse, parce qu'elle ne date pas d'hier. Il y a trente-sept ans, une candidate du nom de Catherine Trautmann conquiert la mairie de Strasbourg en promettant, entre autres grands travaux, un nouvel opéra pour la ville. Trente-sept ans, deux mandats de maire, un ministère de la Culture et un long détour par le Parlement européen plus tard, l'édifice en question n'a toujours pas vu le jour.
Revenue aux affaires en 2026, la même Catherine Trautmann n'a donc pas construit de nouvel opéra. Mais elle a fait mieux : elle met en pause les travaux que sa devancière avaient, elle, fini par acter. Jeanne Barseghian avait fait de la rénovation de l'Opéra national du Rhin l'une de ses promesses de campagne et l'avait, contre vents et marées budgétaires, transformée en décision. Trautmann, de retour, étudie « des alternatives », évoque le Palais des Fêtes en recours sans trancher, et promet des résultats « prochainement ». Il aura donc fallu qu'une Maire construise, sur ce dossier, davantage en un mandat que l'autre en quasiment quarante ans de vie politique strasbourgeoise cumulée pour que l'ancienne, de retour aux affaires, reprennent ses vieilles habitudes.
Pendant ce temps...
Et le point important qu'on doit rappeler, et qui donne au report toute sa saveur et, quelque part, des sueurs froides : le théâtre municipal qui abrite l'Opéra du Rhin n'est plus, depuis 1997, conforme aux normes de sécurité en vigueur pour ce type d'établissement recevant du public. Vingt-neuf ans qu'on y joue, qu'on y chante et qu'on y applaudit dans un bâtiment que la réglementation et les commissions de sécurité successives ne valident plus. Vingt-neuf ans que la mise en conformité attend son tour, et que chaque nouvelle municipalité en hérite comme d'un vieux dossier qu'on se repasse sans jamais l'ouvrir jusqu'au bout. Le suspense, en 2026, n'est donc pas de savoir si l'Opéra sera un jour rénové. Il est de savoir combien de générations d'élus strasbourgeois auront eu le temps de naître, de faire carrière et de revenir au pouvoir avant que quelqu'un ne finisse le chantier.