Commerce : Richardot veut sortir du marasme avec un ciel de rue

Six mois après son installation, Anne-Pernelle Richardot, adjointe au commerce, a livré aux DNA du jour son diagnostic sur le centre-ville. Il est « sans appel », nous dit-on. La municipalité précédente aurait décidé beaucoup de choses « en dépit du bon sens ». Le stationnement, la propreté, la sécurité, l'accessibilité : tout y passe.

Avec une honnêteté touchante et peu habituelle qu'il faut saluer, l'adjointe concède que l'équipe Barseghian n'est pas comptable de tout. La crise que traverse le commerce en centre-ville a des raisons multiples : les grands groupes qui se restructurent, les achats en ligne, la baisse du pouvoir d'achat. Soit, à peu de chose près, la totalité des causes structurelles de la vacance commerciale en France, ce qui n'est pas vraiment d'une émouvante nouveauté. Aucune ne relève donc d'une mairie et, à ce stade de la lecture de l'interview, on se dit que l'élue est en train de prendre date pour l'avenir, du style : "on fait ce qu'on peut mais ce n'est pas de notre faute." Mais bon, passons... On attendait néanmoins la suite avec une grande curiosité : que fait-on quand le mal est national et que le remède est municipal ?

Un ciel de rue contre Amazon

Premier remède : on décore. Un « ciel de rue » rue Sainte-Madeleine et rue des Aveugles, qui fait de l'ombre et « booste l'attractivité ». Une animation musicale ponctuelle à la Petite France, pour « redonner envie de ville » dans le quartier qui, de l'avis de tous les Strasbourgeois, souffre grandement d'un manque de fréquentation. Ou pas ! Des terrasses facilitées, mais pas plus grandes. Des places violettes supplémentaires pour faire ses courses. Et une immense victoire logistique : les boulangers de l'hypercentre peuvent désormais être livrés à 6 heures du matin en petit véhicule électrique, et plus seulement en vélo-cargo. Si on maniait la cruauté en plus de l'ironie, on rappellerait à l'adjointe les décisions du duo infernal Gernet et Meyer sous le dernier mandat Ries à propos de ce dernier kilomètre. Mais restons dans l'actuel, sans rappeler systématiquement le passé peu glorieux des mandatures Ries et de ses élus.

Bref, tout cela n'est pas absurde. Sauf que c'est simplement disproportionné. Face à Amazon ou Vinted, on tend un tissu au-dessus de la rue des Aveugles. Il faut reconnaitre que le nom de la rue, au moins, est bien choisi.

La taxe qu'on invente mais qui existe déjà

Il y a toutefois, dans cet entretien, une mesure sérieuse. Contre la vacance commerciale, l'adjointe « travaille à l'idée » d'une taxation des propriétaires qui laissent leurs locaux vides plus de deux ans, comme le font Montpellier et Lille.

Très bonne idée, sauf qu'elle a déjà été travaillée par le législateur, en 2008 (même nota que précédemment sur le nom du Maire de Strasbourg entre 2008 et 2020). Elle s'appelle la taxe sur les friches commerciales, elle figure à l'article 1530 du Code général des impôts, et son critère de déclenchement est exactement celui décrit par l'adjointe : deux ans d'inexploitation. Les taux sont fixés par la loi, 10 % de la valeur locative la première année, 15 % la deuxième, 20 % ensuite, et la collectivité peut les doubler. Depuis la loi de finances 2026, on peut même la réserver au seul périmètre du centre-ville concerné par une opération de revitalisation. Autrement dit, tout est prêt. Il ne manque finalement qu'une délibération, pas une "idée" !

Petit détail de calendrier : pour une application en 2027, cette délibération doit être prise avant le 1er octobre. Nous sommes, aujourd'hui, le 24 septembre. Si l'idée est encore au stade de l'idée la semaine prochaine, les propriétaires de vitrines vides pourront dormir tranquilles jusqu'en 2028. Montpellier et Lille, elles, n'ont pas « travaillé à l'idée », elles ont -juste- voté.

La charte que le Trautmanistan « n'applique plus »

L'entretien bascule ensuite de la vitrine au trottoir. La majorité travaille à « ne plus appliquer » la Charte de l'Abbé-Pierre signée par la précédente majorité écologiste. De son vrai nom, la Déclaration des droits des personnes sans-abri. Strasbourg avait été la deuxième ville de France à la signer, après Villeurbanne. Jeanne Barseghian s'y était engagée en juillet 2020, le jour même où elle abrogeait l'arrêté anti-mendicité de la ville signé par le Maire dont je ne rappelle plus le nom et que je vous laisse le soin de chercher. Un arrêté qui avait valu à Strasbourg, quelques mois plus tôt, la deuxième place des Pics d'Or de la Fondation Abbé Pierre, prix satirique des dispositifs anti-SDF, dans la catégorie « Bouge de là ».

L'adjointe explique préférer « des solutions de soins, de logement et de réinsertion » plutôt que de laisser les gens à la rue. C'est précisément ce que réclame le texte dont elle veut sortir : droit au logement, accès aux services sociaux et aux soins. En revanche, à lire l'adjointe, on comprend très vite ce qui la gêne dans la continuité du texte qui est l'interdiction de bannir la mendicité ou de chasser les personnes des lieux qu'elles occupent. Là, visiblement pour Anne-Pernelle Richardot, cela pique.

Et on comprend, là encore, dans la suite de l'entretien sa posture : pour elle, les sans-abri n'existent qu'à travers deux visions : l'« incompréhension des commerçants » et le « sentiment de déclassement » des Strasbourgeois et des touristes. Vision d'une partie de l'humanité d'autant plus navrante quand elle vient d'une femme dite de gauche, encartée au Parti Socialiste.

La décroissance et l'écologie

Dernier chapitre, le développement économique. Pour Anne-Pernelle Richardot, des entreprises ont quitté l'Eurométropole pour s'installer à 20 kilomètres, et l'adjointe y voit « la théorisation de la décroissance ». Pour les Strasbourgeois qui suivent ces entreprises avec leurs voitures, ajoute-t-elle, ce n'est pas écologique. L'argument écologique est savoureux quand elle vient de la majorité qui a baissé les tarifs du stationnement au 1er juillet.

On pense aussi, à titre d'exemple, au transporteur Heppner, parti s'installer à Hoerdt en novembre dernier. Entreprise qui a laissé derrière elle à Neudorf, cinq hectares de friche. Ce lieu est devenu cet été la Manufakture Krimmeri, avec ses 200 tonnes de sable et ses transats, que les élus de la majorité actuelle présentaient fièrement comme de l'« urbanisme de transition ». On notera qu'à 3 mois d'écart, la décroissance a parfois du bon, surtout quand elle ouvre de 17 heures à 1 heure du matin.

Pour la suite, l'adjointe, qui est aussi Présidente du PAS, annonce vouloir « sacraliser » le Port autonome pour l'activité économique. Un port consacré à l'activité portuaire : l'audace est à la mesure du ciel de rue. Si l'on était cruel, une nouvelle fois, on rappellerait le bazar de l'urbanisation du Port du Rhin voulue, en son temps, par le Maire dont je ne vais plus donner le nom et dont Anne-Pernelle Richardot était une élue, et qui a fait peser de lourdes contraintes pour les entreprises du PAS .

Pour conclure, on notera que le conseil métropolitain de l'économie sera installé le 23 octobre. Soit trois semaines après la date limite pour voter la seule mesure utile et efficace de l'entretien qui ne demandait qu'une délibération.