Six mois de mandat, et déjà un slogan tout trouvé pour l'opposition : « le grand effacement ». Jeanne Barseghian et son groupe « Strasbourg Juste et Vivante » ont fait leur rentrée politique, mardi 8 septembre, pour dresser le bilan de l'exécutif Trautmann. Verdict sans appel : annulations, suspensions, renoncements. « La gomme n'est pas un projet municipal », résume Germain Mignot. L'image est jolie mais regardons d'un peu plus près.
Et si l'on regarde de plus près, le Trautmanistan ne fait pas que gommer, il encaisse, aussi !
L'opéra, l'arlésienne strasbourgeoise
Premier dossier, le plus symbolique : la rénovation de l'Opéra du Rhin. « On a été la première municipalité à le porter, à contractualiser pour des financements », rappelle Jeanne Barseghian, avant de renvoyer la balle à 1997, date de l'avis défavorable de la commission de sécurité qui plombe le bâtiment depuis trois décennies (Catherine Trautmann était déjà Maire de Strasbourg à cette date). Barseghian n'a pas tort sur la chronologie : le projet, chiffré à 120 millions d'euros, a bien été annoncé en mars 2023 sous sa mandature.
Sauf que du côté de la nouvelle municipalité, on aurait découvert un dossier moins bien ficelé que promis : pas de contrat actif, pas de plan de financement stabilisé, une étude supplémentaire d'un an désormais nécessaire, et un Palais des fêtes pour la relocalisation dont la capacité inquiète. Deux ans plus tard, le dossier culturel des dernières municipales tient donc toujours davantage de l'intention que du chantier. Et tout indique que l'Opéra de Strasbourg "aux normes" ne verra pas le jour sous ce mandat puisque les travaux sont évalués à 5 ans.
Un demi-million d'euros tombé du ciel ?
Deuxième dossier, très concret celui-là. En février 2024, la Ville de Strasbourg, alors dirigée par Jeanne Barseghian, engageait un recours contre l'État pour carence dans l'hébergement d'urgence. « On était seuls sur le banc politique à défendre ce recours », rappelle Floriane Varieras. Le tribunal administratif a tranché le 28 juillet 2026 : l'État est condamné à verser 536 954,07 euros à la Ville et au CCAS. La procédure a duré deux ans et demi. Le jugement tombe sous l'ère Trautmann, qui touche le chèque sans avoir rien plaidé. Quant à savoir si cet argent financera de nouvelles places d'hébergement ou ira combler d'autres lignes budgétaires, silence : la municipalité n'a, pour l'heure, rien précisé.
Le patrimoine rénové par les autres
Sur la culture, encore, le Trautmanistan se vante d'un budget maintenu à 305 euros par habitant, plus de 101 millions d'euros au total, présenté comme un choix politique fort face au désengagement de la Région et de l'État. Si le chiffre est exact, la présentation est habile : il s'agit d'un maintien, pas d'une augmentation, et il y a les rénovations patrimoniales, dont profite la nouvelle mandature, qui ont été faites par la majorité Barseghian : Musée zoologique, Laiterie ...
Ce qui, en revanche, a bel et bien changé depuis le 1er septembre 2026, c'est le prix d'entrée. Le tarif plein va passer de 7,50 à 9 euros, le tarif réduit de 3,50 à 5 euros, le pass journée va bondir de 8 à 15 euros. Jusqu'à 88 % d'augmentation sur certains billets, justifiés pour la majorité actuelle par les recommandations de la Chambre régionale des comptes. En réalité, ce rapport préconisait une étude sur la politique tarifaire des musées et n'indiquait pas une augmentation de 88%. Mais bon, passons... Il n'empêche qu'au final, les visiteurs des musées paieront plus cher pour des lieux plus accueillants et rénovés dont la facture a été payée sous le mandat précédent.
L'eau, ou la promesse évaporée
N'oublions pas l'eau. Catherine Trautmann, candidate, promettait la gratuité des quinze premiers mètres cubes. Désormais Maire et Présidente, son Eurométropole évoque plutôt une hausse du prix de l'eau à partir de 2027, dans un contexte de recherche d'économies. Sur ce point précis, l'opposition n'a même pas besoin d'ironiser : le communiqué de la majorité s'en charge tout seul.
Bienvenue, donc, au Trautmanistan : un territoire où l'on inaugure les chantiers des autres, où l'on encaisse les procès des autres, et où l'on efface ses propres promesses de campagne.